Auteur

Jeanne Benameur

Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude. Et c'est immense.
On n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie.
Mais l'obscurité, on en a besoin. On a besoin de l'opaque. Un humain a besoin de l'obscur. C'est fertile. On ne peut pas vivre toujours dans la clarté des miradors. C'est aveuglant. Ca ne fait pas de lumière.
Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude et c'est immense.
Au creux des paumes c'est déjà tout le corps qui se donne.
C'est bien ça, la force d'un être humain. Etre capable de savoir le rien, le connaître jusque dans sa chair et traverser, continuer à avoir des rêves.
J'ai toujours compris les errants. Les yeux captent une chose du paysage, une autre, une autre encore. Tout est nouveau. Toujours. On se refait.
Le corps humain tout entier, au repos ou en mouvement, est un acte d'amour.
Il y a des histoires sous chaque pierre de la route mais on ne soulève pas chaque pierre de la route.
C'est peut-être la seule chose qui fait de nos vies des choses singulières dans le fond, le choix du risque qu'on vit. Chacun le sien. Une chose est sûre. Sans risque, on ne vit pas.
Danser c'est altérer le vide.
La lecture est un aliment de choix, pas du maïs à gaver les oies. Et si l'appétit vient en mangeant, il vient aussi à regarder les autres se délecter. Ceux qui lisent parleront de leur lecture à leurs camarades. Leur plaisir se communiquera.
J'écris des mots. Pour que lève la pâte qui multiplierait autre chose. Pour que le sang batte fort. Vivant. Je suis sûre qu'avec des mots on vit.
On ne devrait jamais craindre d'être volé. N'est volé que ce que l'on a. Le pire au fond de nous c'est ce qu'on n'a pas. C'est le manque. Et personne ne nous le volera jamais. Personne ne peut voler le manque. Personne. Quel dommage!
Il y a dans le monde des jardiniers invisibles qui cultivent les rêves des autres.
Pourquoi la vie des uns ne pourrait-elle pas éclairer celles des autres? Sinon c'est quoi une société.
Ce n'est pas un fossé qu'il y a entre ceux qui croient donner et ceux qui ne peuvent recevoir, c'est une fosse.
Ca fait peur, le temps mort. Pourtant c'est dans ce temps-là, où en apparence il ne se passe rien, que tant de choses en nous se ramassent pour prendre forme.
Est-ce qu'aimer, ce n'est pas vouloir rejoindre, sans relâche?
On va à l'école pour apprendre, apprendre, apprendre; apprendre quoi? à grandir? Est-ce que l'élève n'est pas celui qui doit s'élever?
Sans l'art, un être humain peut crever de douleur. Pourquoi les matières artistiques alors ne sont-elles pas au coeur de tout lieu d'enseignement?
Les paroles appartiennent à tous. Il n'y a que notre silence qui est unique. Il nous appartient. Seulement à nous.
L'amour on ne devrait jamais l'enfermer, ni dans les bouches, ni dans les coeurs. C'est trop vaste.
J'ai besoin d'autres êtres humains, comme moi, doutant, s'égarant, pour m'approcher de ce que c'est que la vie.
Tant que la politesse a le dessus, on ne peut rien savoir vraiment des gens. C'est toujours au moment où ça se fendille qu'on sait exactement de quoi le bois est fait.

Œuvres de Jeanne Benameur

Comme on respire (2003)Je vis sous l'oeil du chien suivi de L'Homme de longue peine (2013)Laver les ombres (2009)Les Mains libres (2006)Les Reliques (2005)Les insurrections singulières (2011)Pas assez pour faire une femme (2013)Profanes (2013)Présent? (2006)Un jour, mes princes sont venus (2001)Vivre c'est risquer (2013)