Auteur

Jeanne Benameur

Le monde ferme et tranquille c'est une illusion. Bonne pour élever les enfants. Pour ne pas trop s'en vouloir de les avoir collés là, dans la vie.
Je veux bien risquer ma vie, toute ma vie, pour la parole juste. La vraie. Celle qui met en péril le monde.
Le monde est acceptable si on voit les choses une par une. C'est l'emmêlement qui ne l'est pas.
Je pense à la joie qu'on avait tuée en elle. - Mais la joie ne meurt jamais. - Tant qu'on continue à faire quelque chose qu'on aime, alors la joie ne meurt pas.
La poésie aide au vif de la vie.
Elle veut se réduire. Concentrée, il faut respirer le moins possible. C'est une tentative d'amenuisement. Une de plus. Quand on ne peut pas réduire le monde, on se réduit soi-même. Mais on ne disparaît pas si facilement.
Les rêves c'est complexe. ça vous envoie là où vous ne devriez jamais mettre les pieds.
Les ouvriers, on a tort de croire qu'ils ne rêvent que du dernier écran de télé ou du barbecue sur la terrasse du pavillon. J'ai côtoyé ici des gens qui avaient des rêves de fou, ils n'en parlaient pas, c'est tout. J'en suis sûr.
Ainsi chacun observe l'autre et on ne sait jamais ce qui de nous sera retenu, à notre insu.
Quand mon père est mort. Quand mon père est mort. Une phrase qui commence par ça. Je n'ai pas de suite. Je suis une fille sans suite ? Une fille qui n'arrive pas à suivre.
Quand je n'ai plus de refuge, je vais dans les mots. J'ai toujours trouvé un abri, là. Un abri creusé par d'autres, que je ne connaîtrai jamais et qui ont oeuvré pour d'autres qu'ils ne connaîtront jamais. C'est rassurant, de penser ça.
Si la femme de Loth avait porté un enfant, elle aurait résisté à l'appel du passé, pour sauver la vie à venir. Anna, elle, était enceinte de la mort de leur fille. Elle ne s'est pas retournée.
A quoi sert de voir le vide ? On est si bien à flotter tant qu'il nous porte. Entre ciel et terre, sur le rien.
Alors elle danse. Il faut qu'elle trace, avec son corps, les lignes qui permettent d'intégrer l'espace. Seule la beauté du mouvement peut la sauver.
Pourtant c'est dans sa propre vie que chacun chemine. L'histoire d'un seul ouvre l'histoire des autres.
C'est là. Pour toujours. Comment enterre-t-on les souvenirs ? Dans quel charnier les abandonner une bonne fois ? La mémoire est une hyène. Elle fouille, trouve toujours un lambeau à arracher.
Ces moments ont existé. Ce bonheur qui a été vécu, rien ne peut faire qu'il ne l'ait pas été. Même la mort. La mort ne balaie rien. Le chagrin peut tout brouiller. Un temps. Comme à chaque fois que l'on est séparé de ceux qu'on aime.
Je lui ai proposé que nous soyions amis. Pour la vie. Il a dit Oui et c'est une autre façon de s'aimer.
Petite, elle a appris à guetter les signes de ce qu'on cache. C'est dans le corps que cela a lieu. Et cela se reflète aussi, partout autour. Les mots ne viennent qu'après. Ou pas.
Aimer c'est juste accorder de la lumière à sa solitude.

Œuvres de Jeanne Benameur

Comme on respire (2003)Je vis sous l'oeil du chien suivi de L'Homme de longue peine (2013)Laver les ombres (2009)Les Mains libres (2006)Les Reliques (2005)Les insurrections singulières (2011)Pas assez pour faire une femme (2013)Profanes (2013)Présent? (2006)Un jour, mes princes sont venus (2001)Vivre c'est risquer (2013)