Nos livres nous séparent plus sûrement de nos amants que n'importe qu'elle infidélité.
Deux hommes ne mesurent jamais la dimension physique de leur attirance l'un envers l'autre. Ils l'enfouissent sous les mots, sous des concepts sentimentaux tels que la fidélité, l'héroïsme ou le don de soi.
Oh! regarder l'amant dormir: un dessert pour insomniaque.
Les gens qui s'aiment sont toujours indécents. Et pour ceux qui ont perdu l'amour, le spectacle des amants est une torture qu'ils nient en crachant dessus ou en s'en moquant.
Les hommes trop beaux sont le fléau des femmes.
L'explication de la vie n'explique rien.
L'amour, pour moi, ça n'a duré qu'un mois et ce mois remplit ma vie.
L'amour n'est pas un roman facile.
Car enfin qu'est-ce que l'amour d'une mère ? Un amour qui ne trahira pas. Il est même ce premier amour qui n'a pas trahi, la lumière native devant quoi, pâlit tout le reste : après lui, tout n'est forcement que dégradation où disons : farce, singerie.
On dirait que tous les pédés, toutes les gouines et tous les nègres d'Amérique ont choisi Paris comme cité-refuge. Pas de prohibition, pas d'inhibitions.
Le rire des enfants est une musique du ciel.
La seule hygiène de vie qui vaille, c'est l'excès, l'extrême. C'est se consumer avec panache en donnant tout de soi parce que cette Grande Guerre de Civilisation, cette boucherie du Vieux Monde nous tuera tous, sans discernement.
Le sentiment de solitude est une illusion ou plutôt un défaut de perspective : tous nous vivons entourés de frères et soeurs en solitude. Seuls en archipel.
C'est toujours la même histoire, cette crainte du mot en trop ou du mot en deçà.
Amoureux : pris dans une hyperesthésie jusqu'à l'anéantissement de tout ce qui n'est pas le jouir de l'autre, ou la déploration de son absence, jusqu'à la nausée et l'abjuration de soi.
Que sait-on de son enfant ? Mon fils, c'était ma raison, c'était ma maison, c'était mon château.
On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu'une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste. Ce n'est pas le goût du malheur, non, et pas faute d'imagination. C'est juste qu'on n'a personne d'autre où aller.
On pourrait se trisser. Sauf qu'on ne quitte pas cette ville. On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu'une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste.
On dit que ma follie nous a séparés. Je sais que c'est juste l'inverse : notre folie nous unissait. C'est la lucidité qui sépare.
Je n'ai plus l'âge des mensonges, mais j'aurai toujours l'âge des caresses.
Maman m'aimait malgré moi. On ne peut pas en attendre autant du reste du monde.
Je voyais à son dos raidi que je l'agaçais. C'est étonnant, l'expression d'un dos - qu'une nuque crispée puisse vous dire je ne t'aime plus quand le visage encore n'y arrive pas.
Maman, c'est dingue. Dingue, comme on se bat tous avec les clés qu'on a en main et qui n'ouvrent pas forcément les portes.
C'est l'une des tortures les plus usantes qui soient de ne pas pouvoir aimer l'oeuvre d'un ami, sachant d'expérience ce que cette oeuvre a coûté.
Aussi tout peut reprendre, l'histoire recommencer à l'endroit précis où elle s'était défaite, je rembobine à la hâte et je retisse tout, mot après mot, corps contre corps.
Œuvres de Gilles Leroy