Auteur

Gilles Leroy

Appeler un amant, c'est demander au téléphone qu'il te renvoie cette splendeur divine de ton désir.
Le blanc c'est salissant, toute innocence se souille inéluctablement.
L'habitude forme l'amour. L'habitude menace la passion ; elle fonde et forme l'amour.
Je ne parle pas d'usure, de cette lassitude qui naîtrait du quotidien et que redoutent certains amants. Je crois au contraire que l'habitude forme l'amour. L'habitude menace la passion ; elle fonde et forme l'amour.
Je parle de ce jour où l'on découvre que l'on n'est pas aimé de tout le monde. Qu'on ne le sera jamais, quelques efforts que l'on déploie. Que jamais on ne séduira tout le monde et, même, qu'on répugnera à certaines personnes. Qu'elles nous vomiront.”
Familles, vous me faites marrer.
Les gens qui s'aiment sont toujours indécents
J'aime le péril… les précipices…, les dés qu'on jette étourdiment en pariant sa vie entière, et je n'attends même pas qu'ils aient fini de rouler pour décider de ma ruine.
On boit pour se souvenir autant que pour oublier. Avers et revers d'une même médaille, pas glorieuse, qui s'appelle le malheur.
Écrire c'est passer tout de suite aux choses sérieuses, l'enfer direct, le gril continu avec parfois des joies sous les décharges de mille volts.
Ne pas se soucier du qu'en-dira-t-on. Ne pas se soucier des poupées. Ne pas se soucier du passé. Ne pas se soucier du futur. Ne pas se soucier de devenir grande. Ne pas se soucier de ne pas être la première. Ne pas se soucier de triompher.
Les gens, écrire, pour eux, c'est comme une longue conversation que l'on aurait avec soi-même, comme une confession devant le prêtre de la famille (...), et pour d'autres, écrire c'est comme se coucher devant un monsieur ou une demoiselle Freud.
Citation de citation de citation. Ainsi s'écrivent les livres.
Pour ceux qui ont perdu l'amour, le spectacle des amants est une torture qu'ils nient en crachant dessus ou en s'en moquant.
On nous payait des fortunes pour des publicités où tout notre effort consistait à arriver à l'heure, dessoûlés, souriants et propres. C'est nous qui avons inventé la célébrité et surtout son commerce.
Je l'aime tant, certaines fois. C'est comme vivre dans une sphère de lumière, une aura qui nous enrobe tous deux et se déplace avec nous. Dans ces instants-là, nous sommes éternels.
Mais ce sont eux, les hommes, qui s'échappent pour finir. C'est leur privilège : ils disparaissent.
On était si semblables, lui et moi, on l'était dès la naissance, deux danseuses mondaines, deux gosses de vieux, deux enfants gâtés, intenables et, lui comme moi, médiocres à l'école, un duo de brillants "Peut-mieux-faire", deux créatures insatiables et condamnées à être déçues.
Est-ce que la gloire est là pour cacher le zoo ?
J'ai perdu la beauté et la fraîcheur qui exonèrent du scandale.
Il y a des morts devant lesquelles l'esprit bute, auxquelles il se refuse et l'agonie par les flammes est de toutes la pire à mes yeux. C'est par le feu qu'on détruit les rebelles, les sorcières et les saintes - des déviants, des folles.
La seule hygiène de vie qui vaille, c'est l'excès, l'extrême. C'est se consumer avec panache en donnant tout de soi parce que cette Grande Guerre de Civilisation, cette boucherie du Vieux Monde nous tuera tous, sans discernement.
La joie serait-elle douloureuse? Quand je suis heureuse - si seulement il m'arrivait de l'être encore - ça fourmille dans mes jambes, j'avale trop d'air, j'étouffe, mes yeux se voilent, il faut se rendre et rideau! je tombe.
Les années peuvent s'enfuir, les passions se succéder : aimer se traduit très bien par le verbe essayer. Leur synonymie se fait à chaque rencontre plus évidente. Essayer, puis essuyer.

Œuvres de Gilles Leroy

Alabama Song (2007)Champsecret (2005)Dormir avec ceux qu'on aime (2012)Grandir (2004)Maman est morte (1990)Zola Jackson (2010)