Auteur

Georges Picard

Lorsque, dans une discussion, quelqu'un lance : « Il faut être logique ! », soyez à peu près sûr qu'une fois sur deux, il s'apprête à s'en abstenir lui-même. Les débatteurs les moins cohérents ne se privent pas de placer leurs inconséquences sous le patronage de la Logique : ils l'invoquent d'autant plus qu'ils ne la respectent pas, comme certains dévots avec leur dieu.
Aldous Huxley disait : « Tout événement ressemble essentiellement à la nature de l'homme qui le subit », parole d'une grande profondeur qui éclaire l'aveuglement inouï de bien des acteurs de l'Histoire. L'objectivité des faits est le masque dont se parent la subjectivité militante des acteurs et la subjectivité angoissée des témoins.
L'histoire des sciences ressemble à un champ illimité où quelques raisons éternelles veillent sur un cimetière toujours plus peuplé de raisons défuntes.
La plupart des idées sont des opinions.
L'absurdité est infinie, c'est une hydre dont chaque bras arraché repousse presque aussitôt.
L'ironie est une manière de guérilla.
Les orateurs barbants ont compris le truc : les plus malins concluent généralement sur un bon mot censé racheter le reste, prouvant ainsi que l'humour est aussi la politesse des gens ennuyeux.
La plupart des contemporains, abrutis d'informations, ont l'oreille dure et l'intelligence lourde.
Sur dix idées publiques, huit ou neuf ont été imposées par matraquage. Seraient-elles vraies, nous ne les avons pas domestiquées nous-mêmes, ce sont elles qui nous ont assaillis de force. Comme disait un Ancien, un fou qui crie qu'il fait jour en plein jour n'en est pas moins fou. Répéter ce qui se dit, même si ce qui se dit est vrai, relève du simple psittacisme tant que l'on n'a pas décortiqué soi-même l'idée et essayé d'en vérifier le bien-fondé.
Lorsqu'une discussion ne tourne pas à notre avantage, il reste, en dernier ressort, à placer une statistique. Les médecins de Molière avaient le grec et le latin ; nous avons les statistiques et les sondages. Jadis, la pédanterie était éloquente ; désormais, elle est sèche et scientifique.
Il y a deux façons de disqualifier quelqu'un : le traiter d'imbécile ou d'intellectuel.
Les vérités valent par la singularité de leur surgissement, beaucoup moins par l'universalisme supposé de leur rayonnement. Les vérités ne devraient pas vieillir.
La critique est encore plus aisée que le prétend le proverbe, car c'est la forme ordinaire de l'estimation qui détermine nos goûts et nos dégoûts.
C'est une sottise de croire qu'un charme puisse naître d'une volonté.
C'est une sottise de croire qu'un charme puisse naître d'une volonté.
Les « grands écrivains » ne sont pas ceux que j'admire, ce sont ceux que j'aime.
Écrire oblige à choisir parmi des amas d'idées initialement vagues celles qui trouveront leur densité dans les limites de la syntaxe et du style. Comme l'ont pensé maintes sociétés de tradition orale, l'écriture piège celui qui s'en sert - qui s'enserre, justement, dans une formulation dont il doit ensuite répondre, ne serait-ce qu'à l'égard de lui-même.
« J'écris, donc je suis » peut fonder une éthique de l'existence personnelle.
Mais qu'est-ce que la littérature sinon une manipulation morose ou heureuse de la réalité ?
Faut-il avoir quelque chose à dire pour écrire ? J'ai moi-même inversé le sens de la formule en commençant par noter qu'il faut plutôt écrire pour avoir quelque chose à dire.
Ce que nous aimons ne doit pas se laisser partager trop aisément.
Créer du désir n'est certainement pas une tâche facile ; je ne vois pas pourtant comment on peut ouvrir autrement l'accès aux oeuvres. Dans ce domaine, la réussite repose sur une pédagogie par imitation, un objet devenant désirable par le truchement du désir d'un tiers (René Girard), il faut alors se rendre à l'évidence : les instituteurs et les professeurs sont rarement à la hauteur de cet enjeu affectif.
On est plus naturellement dupe de la facilité que de l'austérité. Quand la difficulté est visible, on l'affronte, l'esprit tendu et sur ses gardes.
La parole est indigente par rapport à l'écrit. Nécessaire socialement, psychiquement et même biologiquement ; mais l'on s'en passe sans dommage quand on peut accéder directement aux livres.
La création, c'est l'inédit, l'unique. Certes, chaque personne est unique, mais rares sont celles qui en tirent les conséquences.

Œuvres de Georges Picard

De la connerie (1994)Le Philosophe facétieux (2008)Le Philosophe facétieux (2008)Le génie à l'usage de ceux qui n'en ont pas (2004)Petit traité à l'usage de ceux qui veulent toujours avoir raison (1999)Tous fous (2003)Tout le monde devrait écrire (2006)Tout m'énerve (1997)