Œuvre

Tout le monde devrait écrire (2006)

Les moyens et la fin se conditionnent mutuellement dans l'écriture : style, vision du monde et tempérament sont les aperçus d'une même réalité, celle qui fait l'oeuvre et l'écrivain.
Le plus beau de l'écriture, c'est cette tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c'est l'usage d'une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces.
La critique est encore plus aisée que le prétend le proverbe, car c'est la forme ordinaire de l'estimation qui détermine nos goûts et nos dégoûts.
C'est une sottise de croire qu'un charme puisse naître d'une volonté.
C'est une sottise de croire qu'un charme puisse naître d'une volonté.
Les « grands écrivains » ne sont pas ceux que j'admire, ce sont ceux que j'aime.
Écrire oblige à choisir parmi des amas d'idées initialement vagues celles qui trouveront leur densité dans les limites de la syntaxe et du style. Comme l'ont pensé maintes sociétés de tradition orale, l'écriture piège celui qui s'en sert - qui s'enserre, justement, dans une formulation dont il doit ensuite répondre, ne serait-ce qu'à l'égard de lui-même.
« J'écris, donc je suis » peut fonder une éthique de l'existence personnelle.
Mais qu'est-ce que la littérature sinon une manipulation morose ou heureuse de la réalité ?
Faut-il avoir quelque chose à dire pour écrire ? J'ai moi-même inversé le sens de la formule en commençant par noter qu'il faut plutôt écrire pour avoir quelque chose à dire.
Ce que nous aimons ne doit pas se laisser partager trop aisément.
Créer du désir n'est certainement pas une tâche facile ; je ne vois pas pourtant comment on peut ouvrir autrement l'accès aux oeuvres. Dans ce domaine, la réussite repose sur une pédagogie par imitation, un objet devenant désirable par le truchement du désir d'un tiers (René Girard), il faut alors se rendre à l'évidence : les instituteurs et les professeurs sont rarement à la hauteur de cet enjeu affectif.
On est plus naturellement dupe de la facilité que de l'austérité. Quand la difficulté est visible, on l'affronte, l'esprit tendu et sur ses gardes.
La parole est indigente par rapport à l'écrit. Nécessaire socialement, psychiquement et même biologiquement ; mais l'on s'en passe sans dommage quand on peut accéder directement aux livres.
La création, c'est l'inédit, l'unique. Certes, chaque personne est unique, mais rares sont celles qui en tirent les conséquences.