Créer du désir n'est certainement pas une tâche facile ; je ne vois pas pourtant comment on peut ouvrir autrement l'accès aux oeuvres. Dans ce domaine, la réussite repose sur une pédagogie par imitation, un objet devenant désirable par le truchement du désir d'un tiers (René Girard), il faut alors se rendre à l'évidence : les instituteurs et les professeurs sont rarement à la hauteur de cet enjeu affectif.

À lire aussi de Georges Picard

Penser, c'est plus que jamais penser contre autrui. Une idée s'affirme d'autant plus puissamment qu'elle rencontre une résistance qui l'oblige à se blinder. Sans contradicteurs, nos idées se déliteraient dans le relativisme et l'incertitude. Nous finirions par nous lasser de nos plus intimes convictions.
Lorsque, dans une discussion, quelqu'un lance : « Il faut être logique ! », soyez à peu près sûr qu'une fois sur deux, il s'apprête à s'en abstenir lui-même. Les débatteurs les moins cohérents ne se privent pas de placer leurs inconséquences sous le patronage de la Logique : ils l'invoquent d'autant plus qu'ils ne la respectent pas, comme certains dévots avec leur dieu.
Lorsqu'une discussion ne tourne pas à notre avantage, il reste, en dernier ressort, à placer une statistique. Les médecins de Molière avaient le grec et le latin ; nous avons les statistiques et les sondages. Jadis, la pédanterie était éloquente ; désormais, elle est sèche et scientifique.
Dans les débats de société, vous pouvez dire n'importe quoi, à condition de parler plus longtemps que l'adversaire : comme dans les querelles de ménage, c'est l'endurance qui fera la différence.
Le génial n'est-il pas, après coup, de l'absurde domestiqué ?
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Dans la même œuvre

Les moyens et la fin se conditionnent mutuellement dans l'écriture : style, vision du monde et tempérament sont les aperçus d'une même réalité, celle qui fait l'oeuvre et l'écrivain.
Le plus beau de l'écriture, c'est cette tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c'est l'usage d'une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces.
La critique est encore plus aisée que le prétend le proverbe, car c'est la forme ordinaire de l'estimation qui détermine nos goûts et nos dégoûts.
C'est une sottise de croire qu'un charme puisse naître d'une volonté.
C'est une sottise de croire qu'un charme puisse naître d'une volonté.