Auteur

François Taillandier

Il n'est pas interdit de supposer qu'à l'instar de l'ancienne Sparte, la société présente ait entrepris de soustraire les enfants à ceux qui les ont engendrés, pour les dresser elle-même, dans son propre intérêt.
Rien n'empêche les parents d'interdire ce que tout le reste du monde s'ingénie à imposer.
La marchandise a envahi les cours d'école en même temps que les têtes.
Il faut que nos enfants continuent d'apprendre le grec et le latin, car sans études gréco-latines, il n'y aura plus d'Europe, du moins en tant que civilisation.
Or, si le dressage par voie d'écrans et de manettes n'a fait que se perfectionner, le moins qu'on puisse dire est que la tendance n'est guère à l'affinement de la parole articulée.
C'est le propre de l'idéologie que de s'appuyer toujours sur un argument vrai; cela n'empêche pas de s'interroger sur les marches et contremarches.
Et d'ailleurs, Eros maîtrisé serait-il Eros?
Dans un monde de communication et d'information, ce qui se perdait en route, paradoxalement, c'était le réel.
Nous vivons intégralement reliés à des satellites, à des signaux, à des machines que nous ne séparons même plus de notre corps. Nous sommes désormais le produit de nos artefacts.
Ce que laisse un homme, dans le meilleur des cas, c'est la trace de ses intentions.
Ainsi «l'amour», enfin le genre d'amour auquel ils sont en proie, fait-il apparaître en nous un individu secret, que le monde ne connaît pas. Nous sommes un dieu.
Il y a chez les amoureux cette odieuse conviction de leur supériorité, ce bonheur égoïste d'être sauvés, eux, l'un par l'autre.
Tout le monde manque. C'est même la caractéristique de l'être humain: manquer. Personne ne fait l'affaire. On manque. On ne comble pas.
Qui n'a pas découvert en lui-même cet autre, cet inconnu, plus fort que soi, et qui peut détruire vos plus belles joies, ne sait pas non plus à quel point l'existence est impitoyable!
Le rite, quel qu'il soit, prend en quelque façon le défunt en charge; il le sépare des vivants qui le pleurent, il allège leur fardeau.
Un homme, c'est ce qui pleure un jour, d'amour. Un homme, c'est ce qui en mourra, et en vivra pourtant.
La religion des montres de luxe grandissait dans la société, au même rythme à peu près que se précisait le mouvement qui allait porter au pouvoir le nommé Sarkozy.
C'est tout ce que j'ai à donner, à chercher, à espérer dans la vie; c'est aussi ma destruction, le rien qui m'envahit, la dispersion de ma cendre.
Nous avons des langages différents, et connaître quelqu'un, c'est apprendre la langue dans laquelle il s'exprime.
Sûr de moi, donc aveugle.
On se dit tous, un jour ou l'autre, que ce qu'on est devenu tient du hasard, qu'une autre version de soi était possible.
Les histoires en lesquelles il nous semble vivre ce que nous avons de plus personnel, de plus singulier, sont ce qu'il y a de plus codifié, de plus semblable partout et pour tous.
Je ne rivalise pas; ce n'était pas mon jeu dans la cour de récréation, ce n'est pas mon jeu dans la vie. Je déserte, je trouve à l'écart mon propre espace.
J'aime mieux une question ouverte qu'une réponse étroite.
On ne sort pas de son enfance. On est plusieurs êtres successifs et cependant toujours présents.

Œuvres de François Taillandier

Anielka (1999)La Grande Intrigue V, Time to turn (2010)Les parents lâcheurs (2001)N6, la route de l'Italie (2000)