Combattu par l'incontinence, - Dans ses honteux liens crains-tu d'être arrêté, - Observe en tes repas la juste tempérance; - La crapule est unie avec la volupté.
Sur la timidité ne pouvant te contraindre, - Si tu crains tous les animaux - Considère que l'homme est beaucoup plus à craindre, - Et capable lui seul de causer tous les maux.
Etant doué d'un corps vigoureux et robuste, - Fais pour devenir sage un généreux effort: - C'est alors qu'on parlera juste, - Lorsqu'on te donnera le titre d'homme fort.
Une peine d'esprit, un sujet de tristesse - T'oblige à rechercher un salutaire avis: - Pense qu'aux maux de cette espèce - Les médecins sont les meilleurs amis.
Pourquoi teindre l'autel du sang de tes victimes? - L'animal innocent doit-il pour toi mourir? - Sa mort n'efface pas tes crimes: - Celui qui fait le mal doit lui-même périr.
Cherchant un compagnon fidèle, - Et qui de l'amitié sache écouter tes lois, - Ce n'est pas de ses biens l'estime criminelle, - Mais sa seule vertu qui doit fixer ton choix.
Fais de tes revenus un honorable usage; - De l'infâme avarice abhorre les liens. - De ton or quel est l'avantage, - Lorsque tu restes pauvre au milieu de tes biens?
Veux-tu par ta conduite acquérir quelque estime, - Et parmi les méchants n'être point confondu, - Evite la tache du crime - Et l'appât dangereux du plaisir défendu.
Si tu prétends au nom de sage, - Respecte la vieillesse en son infirmité: - L'enfance est son triste apanage, - C'est un tribut qu'on doit à la caducité.
Bien que tu sois dans l'opulence, - A cultiver les arts donne ton premier soin. - De la fortune un jour si tu sens l'inconstance, - L'art te reste, et jamais ne te manque au besoin.
Pèse au dedans de toi, sans le faire paraître, - Ce que pense un chacun, en l'entendant parler: - Souvent son discours fait connaître - Ses moeurs, ce qu'il veut dire, et ce qu'il veut celer.
L'étude en chaque état n'est pas sans avantage: - De quelque art que tu soie sache en tirer du fruit; - De même que la main se forme par l'usage, - Par l'étude on forme l'esprit.
Ne t'abandonne point à la funeste envie - De savoir le moment décisif de ton sort: - Quiconque s'accoutume à mépriser la vie, - Voit sans crainte approcher la mort.
D'un plus savant que toi ne cesse point d'apprendre; - Toi-même instruis les ignorants. - La science est un bien qu'il faut partout répandre, - Et qu'on doit préférer aux trésors les plus grands.
Ne bois du vin qu'autant que le besoin l'exige. - Si tu veux prudemment conserver la santé: - Souvent le mal qui nous afflige - Est l'enfant de la volupté.
As-tu sur certain fait donné quelque louange, - Qui, dans le monde, ait éclaté, - Prends garde qu'aussitôt ton langage ne change - Par esprit de légèreté.
Quand tu te vois tranquille au milieu des richesses, - Prends tes précautions contre l'adversité - Et dans les plus grandes détresses, - Espère le retour de la prospérité.
Jour et nuit ne cesse d'apprendre: - La sagesse ne croit que par des soins constants; - Et la rare prudence, à laquelle on doit tendre, - N'est que le fruit tardif du travail et du temps.
Loue avec retenue, évitant de paraître - Du mérite d'autrui follement entêté - Peut-être un jour viendra qui te fera connaître - Quel est cet ami tant vanté.
Fais-toi gloire d'apprendre, étant dans l'ignorance; - Et pour croître en savoir, ne néglige aucun soin; - C'est vertu d'aimer la science, - Et vice de rougir de s'instruire au besoin.
Vénus avec Bacchus a souvent des querelles, - Qui troublent les plaisirs des sens: - Crains de pareils débats les suites criminelles; - Ne te livre jamais qu'aux plaisirs innocents.
Sur l'homme taciturne et d'humeur nonchalante, - Pour la société ne fais jamais de fonds: - C'est où l'onde paraît dormante - Qu'elle cache souvent des abymes profonds.
Peu satisfait du train que prennent tes affaires, - Considère l'état où sont celles d'autrui; - S'il a des revers moins contraires, - Si tu dois l'estimer plus malheureux que lui.
Mesure à ton pouvoir la grandeur de l'ouvrage: - Le plus sûr, à qui veut fendre les flots amers, - Est de ramer près du rivage, - Plutôt que de cingler vers le plus haut des mers.
Par l'effet d'une haine injuste et criminelle, - N'entre point en procès contre un homme de bien: - Le ciel, en semblable querelle, - Du juste qu'on opprime est toujours le soutien.
Œuvres de Denys Caton
Distiques de Caton, Livre premier, IDistiques de Caton, Livre premier, IIDistiques de Caton, Livre premier, IIIDistiques de Caton, Livre premier, IVDistiques de Caton, Livre premier, IXDistiques de Caton, Livre premier, VDistiques de Caton, Livre premier, VIDistiques de Caton, Livre premier, VIIDistiques de Caton, Livre premier, VIIIDistiques de Caton, Livre premier, XDistiques de Caton, Livre premier, XIDistiques de Caton, Livre premier, XIIDistiques de Caton, Livre premier, XIIIDistiques de Caton, Livre premier, XIVDistiques de Caton, Livre premier, XIXDistiques de Caton, Livre premier, XLDistiques de Caton, Livre premier, XVDistiques de Caton, Livre premier, XVIDistiques de Caton, Livre premier, XVIIDistiques de Caton, Livre premier, XVIII