Auteur

Denys Caton

Par un faux esprit de critique, - Des actions d'autrui ne sois point le censeur, - De peur qu'à ton exemple un autre satirique - Ne t'accable à ton tour, en raillant le railleur.
Ayant reçu du ciel une fortune aisée, - De tes biens par écrit suppute le montant: - Peur de ne pas du public essuyer la risée, - Garde-les en les augmentant.
Te voyant opulent dans l'extrême vieillesse, - Qui t'annonce un trépas prochain, - A tes meilleurs amis fais part de ta richesse; - Et jouis de la vie en attendant la fin.
Lorsque la fortune inconstante - Te retire ses dons par un bizarre jeu, - Reçois de chaque jour le peu qu'il te présente, - Et vis satisfait de ce peu.
Cherche dans une femme un esprit sociable, - Et ne l'épouse pas pour de vils intérêts; - Ou si, d'humeur insupportable, - Elle veut te quitter, ne la retiens jamais.
D'autrui l'exemple est nécessaire, - Pour voir ce qui convient dans les occasions, - Ignorant ce qu'il faut ou faire ou ne pas faire, - De ce maître savant suis les instructions.
Consulte ton pouvoir plutôt que ton courage, - Lorsqu'à quelque travail tu prétends t'adonner; - De peur de succomber sous le poids de l'ouvrage, - Contraint de tout abandonner.
Si quelqu'un pèche en ta présence, - Reprends-le ouvertement, bien loin de le flatter, - On pourrait croire à ton silence - Que tu souffres un mal que tu veux imiter.
Si l'abus d'une loi t'est préjudiciable - Va d'un juge éclairé rechercher la faveur: - Les lois veulent souvent qu'un droit plus équitable - Règle de leurs décrets la trop grande rigueur.
Supporte sans impatience - Le mal que tu connais avoir bien mérité: - Te sentant criminel, ta propre conscience - Doit décerner la peine avec sévérité.
Lis beaucoup, lis sans fin; mais cherchant à t'instruire, - A tout auteur sans choix ne vas pas te livrer: - Souvent en vers on ose dire - Des choses que l'on doit moins croire qu'admirer.
Parmi les conviés, étant assis à table, - Ne t'y montre point trop joyeux, - De crainte qu'affectant de paraître agréable, - Tu ne passes plutôt pour causeur ennuyeux.
Placé par la fortune au sein de l'abondance, - Use des biens, mais sans abus, - Pour n'être pas contraint, par ta folle dépense, - D'en chercher chez autrui quand tu n'en auras plus.
Si tu veux de la mort ne point craindre l'image, - Pense qu'elle doit mettre un terme à tes travaux: - Si nul bien ne vient d'elle, elle a cet avantage, - Qu'elle est au moins la fin des maux.
Supporte les discours d'une femme en colère, - Si d'ailleurs par ses soins tu vois tout réussir: - C'est un défaut bien grand de ne pouvoir te taire, - Et de ne vouloir rien souffrir.
Montre envers père et mère une piété tendre, - Rends à tous deux même devoir: - Que l'amour paternel n'empêche point de rendre - Les soins que pour sa mère un bon fils doit avoir.
Si tu veux vivre heureux, méprise l'opulence, - Garde-toi de courir après l'or et l'argent: - Au sein même de l'abondance - L'avare des mortels est le plus indigent.
Ce qui sert aux besoins dans l'usage ordinaire - Ne te manquera pas, si tu sais en tout temps - T'en tenir au seul nécessaire: - Peu de chose suffit pour nous rendre contents.
Sans soins, et dépourvu de la raison commune, - Si tu réussis mal à conserver tes biens, - D'aucun aveuglement n'accuse la fortune; - Ses yeux sont meilleurs que les tiens.
N'aime l'argent que pour l'usage, - Et de son vain éclat ne sois jamais épris: - A ce trait on connaît le sage, - Qui pour le métal seul ne sent que du mépris.
Pense dans l'opulence à jouir de la vie, - Ne te refusant rien pour la santé du corps: - Le riche a des écus; mais, par la maladie, - Il perd le plus grand des trésors.
Confié dans l'enfance aux soins d'un maître austère. - Tu sus te soumettre à ses coups: - Soumets-toi donc sans peine à l'empire qu'un père - Veut exercer sur toi, lorsqu'il gronde en courroux.
Tâche en tout de tendre à l'utile; - Prends garde que l'erreur n'y glisse son venin: - Si le travail est difficile, - Soutiens-le par l'espoir d'un salaire certain.
Prête à qui la réclame une main généreuse - Donne sans exiger aucun retour de lui: - Aux yeux de l'âme vertueuse, - C'est travailler pour toi que d'obliger autrui.
As-tu sur quelque point la moindre défiance? - Attentif à t'instruire, examine d'abord: - La plus légère négligence - Souvent gâte une affaire, et cause bien du tort.

Œuvres de Denys Caton

Distiques de Caton, Livre premier, IDistiques de Caton, Livre premier, IIDistiques de Caton, Livre premier, IIIDistiques de Caton, Livre premier, IVDistiques de Caton, Livre premier, IXDistiques de Caton, Livre premier, VDistiques de Caton, Livre premier, VIDistiques de Caton, Livre premier, VIIDistiques de Caton, Livre premier, VIIIDistiques de Caton, Livre premier, XDistiques de Caton, Livre premier, XIDistiques de Caton, Livre premier, XIIDistiques de Caton, Livre premier, XIIIDistiques de Caton, Livre premier, XIVDistiques de Caton, Livre premier, XIXDistiques de Caton, Livre premier, XLDistiques de Caton, Livre premier, XVDistiques de Caton, Livre premier, XVIDistiques de Caton, Livre premier, XVIIDistiques de Caton, Livre premier, XVIII