Si c'est un pur esprit que le souverain Etre, - Ainsi que dans ses vers le poète l'écrit, - Que ton soin principal soit de le reconnaître; - L'adorant de coeur et d'esprit.
Veille autant que tu peux; et, fuyant la mollesse, - Des douceurs du repos n'use que sobrement; - Car le trop long sommeil engendre la paresse, - Qui sert au vice d'aliment.
La première vertu de l'homme raisonnable - Est de mettre à sa langue un frein judicieux. - Il n'est rien de plus estimable: - L'homme qui sait se taire est presque égal aux Dieux.
D'esprit toujours égal, jamais ne t'abandonne - A dire ou faire rien qui soit contraire à toi: - Un homme ne saurait s'entendre avec personne - Qui n'est pas d'accord avec soi.
Si tu veux observer la conduite des hommes - Déréglés, soumis à leurs sens, - Avant de les blâmer, pense à ce que nous sommes; - Pense qu'il n'en est point qui vivent innocents.
Aux objets les plus chers, lorsqu'ils peuvent te nuire, - Renonce avec facilité - L'amour même des biens, pour ne pas nous séduire, - Doit céder à son tour à notre utilité.
Cède, lorsqu'il convient d'user de complaisance: - Sache aussi te montrer ferme en tes sentiments. - C'est un effet de la prudence - De changer quand il faut s'accoutumer au temps.
Ne sois pas trop crédule à tout ce que déclame - Contre tes serviteurs une épouse en courroux. - On déplaît souvent à la femme - Pour avoir le malheur de trop plaire à l'époux.
Tu crois devoir donner quelque avis salutaire, - Qu'un indocile ami ne veut pas recevoir. - Ne te rebute point; et d'un amour sincère - Montre-lui toujours son devoir.
Avec un grand parleur n'entre point en matière: - Pour l'emporter sur lui tu perdrais ton repos. - Tous ont pour la parole un talent ordinaire, - Mais peu pour parler à propos.
Aime-toi le premier, ton amitié féconde - Peut se prêter ensuite en faveur d'un égal; - Mais pour faire du bien, fais tel choix de ton monde, - Qu'il ne t'en arrive aucun mal.
Ne prends point part aux bruits que sème le vulgaire - De crainte de passer pour en être l'auteur. - On ne risque rien à se taire, - Et souvent pour parler on cause son malheur.
Ce qu'on t'aura promis d'un air de certitude, - Ne vas pas le promettre avant de l'obtenir. - Combien dans leur parole ont peu d'exactitude - Beaucoup savent promettre, et peu savent tenir.
Lorsqu'on parle à ton avantage - Sache alors te juger toi-même à la rigueur: - Au sentiment d'autrui n'en crois pas davantage. - Qu'au témoignage de ton coeur.
Ne dissimule point le bien qu'on t'a su faire; - En public nommes-en l'auteur: - Celui que tu feras, sois habile à le taire; - Fais sentir le bienfait, cache le bienfaiteur.
Lorsque ton souvenir rappelle en ta vieillesse - Des faits que tu veux raconter, - Pense à ce que tu fis dans ta jeunesse, - Et du bien et du mal, tâche de profiter.
Ne t'inquiète point lorsque tu verras dire - Quelque chose en secret à l'oreille d'autrui: - Celui dont la conduite offre - Le plus à rire, croit toujours qu'on parle de lui.
Quand pour toi la fortune est la plus libérale, - Redoute en ses faveurs quelque revers fatal; - Elle change souvent, et sa course inégale - Commençant bien, peut finir mal.
La vie étant fragile et peu sûre à tout âge, - Quelque bonne santé dont tu puisses jouir, - Ne compte point sur l'héritage - Qu'à la mort d'un parent tu pourrais obtenir.
Le présent qu'un ami t'offre en son indigence, - Quelque petit qu'il soit, reçois-le avec bonté; - Et pour premier effet de ta reconnaissance, - Vante sa libéralité.
Pense sans t'effrayer à cette dernière heure - Où tu dois terminer ton cours. - Trembler incessamment de crainte qu'on ne meure, - C'est renoncer à vivre, et mourir tous les jours.
Si tes bienfaits et tes services - N'ont pu te procurer un ami comme il faut, - Ne t'en prends point au Ciel, l'accusant d'injustices, - Et ne blâme que ton défaut.
Contre la pauvreté le plus sûr des remèdes - Est d'user sobrement du bien qu'on t'a laissé. - Pour garder ce que tu possèdes, - Pense à tous les besoins dont l'homme est menacé.
Oblige promptement dès que tu peux le faire, - Sans promettre deux fois un bienfait trop vanté; - On passe pour vain d'ordinaire - En faisant trop valoir sa générosité.
Lorsque quelqu'un te jure une amitié fidèle, - Portant la haine dans le coeur, - Ne le rebute point, montre-lui même zélé: - L'artifice est permis pour tromper le trompeur.
Œuvres de Denys Caton
Distiques de Caton, Livre premier, IDistiques de Caton, Livre premier, IIDistiques de Caton, Livre premier, IIIDistiques de Caton, Livre premier, IVDistiques de Caton, Livre premier, IXDistiques de Caton, Livre premier, VDistiques de Caton, Livre premier, VIDistiques de Caton, Livre premier, VIIDistiques de Caton, Livre premier, VIIIDistiques de Caton, Livre premier, XDistiques de Caton, Livre premier, XIDistiques de Caton, Livre premier, XIIDistiques de Caton, Livre premier, XIIIDistiques de Caton, Livre premier, XIVDistiques de Caton, Livre premier, XIXDistiques de Caton, Livre premier, XLDistiques de Caton, Livre premier, XVDistiques de Caton, Livre premier, XVIDistiques de Caton, Livre premier, XVIIDistiques de Caton, Livre premier, XVIII