Fuis ces discours flatteurs qui tendent à séduire; - On ne flatte que pour duper. - Aux doux sons de la flûte un oiseleur attire - L'oiseau que dans le piège il tâche d'attraper.
Ayant nombre d'enfants avec peu de richesse, - Fais leur apprendre un art qui puisse les nourrir, - Afin qu'au moins par leur adresse - Ils évitent la faim qu'ils auraient à souffrir.
Tiens pour vil chose chère, et prise comme rare - Ce qui par le vulgaire est le moins recherché: - Par l'un, tu fuis le nom d'avare; - Par l'autre, des faux biens ton coeur est détaché.
Fuis le mal dont souvent tu blâmes la pratique! - Fais le bien dont tu veux être le défenseur. - Quelle honte pour toi, docteur, dans ta critique, - Si le vice était ton censeur!
Ne demande jamais que ce que la justice - Ou bien l'honnêteté peuvent autoriser: - Le sage ne doit point demander par caprice - Tout ce que la raison a droit de refuser.
Des choses que tu sais, parle avec assurance: - Quand tu doutes, sois retenu. - On juge en sûreté quand on a connaissance; - On décide au hasard sur un fait inconnu.
Voyant qu'au cours de cette vie - De fâcheux accidents se mêlent tour à tour, - Pour compenser les maux dont le ciel l'a remplie, - Estime un très grand bien le don de chaque jour.
Pouvant sur tes amis remporter l'avantage, - Mets ton honneur à leur céder: - Un peu de complaisance ainsi mis en usage - Te soumettra les coeurs que tu veux posséder.
Ne refuse jamais de donner peu de chose. - A ceux dont tu prétends beaucoup plus obtenir, - Un don fait à propos dispose, - Et fournit à deux coeurs les moyens de s'unir.
Prends soin que du procès la fureur ne t'entraîne - A diviser un tout dont tu fais la moitié: - La colère engendre la haine, - Et par l'esprit de paix on nourrit l'amitié.
Ton domestique a-t-il mérité quelque blâme? - Modère le courroux qui t'aigrit contre lui: - Ce n'est qu'en possédant ton âme, - Que tu peux compatir aux faiblesses d'autrui.
Si tu peux vaincre autrui, cède par complaisance, - Rien n'est plus glorieux que de vaincre en cédant - Car, entre les vertus, c'est à la patience - Qu'on doit donner le premier rang.
As-tu des biens en abondance, - Garde-les pour le temps où cessent les travaux: - Où le travail finit, la pauvreté commence, - Et devient le plus grand des maux.
Tu fais goûter les fruits d'une largesse extrême - A tous ceux que tu mets au rang de tes amis: - Sois encore meilleur à toi-même - Dans l'état d'opulence où le destin t'a mis.
Oblige tout le monde, et les inconnus même, - Autant qu'il te sera permis; - Et sache qu'il n'est rien, fût-ce le diadème, - Qu'on puisse comparer au grand nombre d'amis.
Sur des secrets cachés par le souverain Etre, - Garde-toi de porter des regards curieux: - Vain mortel, pense à te connaître, - Non pas à découvrir ce qui se passe aux cieux.
Trop craindre la mort, c'est folie; - Fais pour vaincre ce faible un généreux effort: - On ne saurait goûter les plaisirs de la vie, - En se livrant sans cesse aux frayeurs de la mort.
Ne soutiens jamais par colère - Quelque fait que ce soit, surtout s'il est douteux: - La raison vainement t'offrira sa lumière, - Lorsque la passion te fermera les yeux.
Contraint de te mettre en dépense, - Fais-le de bonne grâce et selon ton pouvoir: - Certaines lois de bienséance - Paraissent dans les temps exiger ce devoir.
Fuis tant que tu pourras la dépense inutile; - Contente-toi de peu, lorsqu'il faut ménager: - Plus le fleuve est petit, plus la barque fragile - Vogue sur l'onde sans danger.
Ne révèle à personne une action infâme, - Dont tu rougis toi même, et que tu peux cacher. - Quelle nécessité qu'un confident te blâme - D'un vice que ton coeur doit seul te reprocher?
Ne crois pas qu'un mortel coupable d'injustice - Tire profit de son péché; - S'il couvre pour un temps son crime et sa malice, - Un jour rendra public ce qu'il avait caché.
Un homme est-il petit et de mince figure? - Ne le méprise point sur ces simples dehors: - Souvent l'Auteur de la nature - Dédommage l'esprit de ce qu'il ôte au corps.
Pouvant vaincre ton adversaire - N'use point de tes droits avec trop de rigueur: - On a vu bien souvent, aidé de sa colère, - Le vaincu, s'élever au dessus du vainqueur.
Fuis dans les entretiens ces disputes frivoles - Qui peuvent s'élever entre amis et parents: - Quelquefois les moindres paroles - Font naître pour des riens les plus grands différends.
Œuvres de Denys Caton
Distiques de Caton, Livre premier, IDistiques de Caton, Livre premier, IIDistiques de Caton, Livre premier, IIIDistiques de Caton, Livre premier, IVDistiques de Caton, Livre premier, IXDistiques de Caton, Livre premier, VDistiques de Caton, Livre premier, VIDistiques de Caton, Livre premier, VIIDistiques de Caton, Livre premier, VIIIDistiques de Caton, Livre premier, XDistiques de Caton, Livre premier, XIDistiques de Caton, Livre premier, XIIDistiques de Caton, Livre premier, XIIIDistiques de Caton, Livre premier, XIVDistiques de Caton, Livre premier, XIXDistiques de Caton, Livre premier, XLDistiques de Caton, Livre premier, XVDistiques de Caton, Livre premier, XVIDistiques de Caton, Livre premier, XVIIDistiques de Caton, Livre premier, XVIII