Auteur

Denys Caton

Si la perte des biens te met dans la détresse, - En ton affliction sois sage et retenu; - Mais montre une juste allégresse, - Si tu vois par hasard grossir ton revenu.
Souvent il arrive des pertes - Qu'on ne peut supporter d'un esprit bien soumis, - Mais qui par point d'honneur doivent être souffertes, - Lorsqu'il faut ménager quelqu'un de ses amis.
N'étant point assuré du temps que tu dois vivre, - Envisage de près le moment du trépas: - Comme vois ton ombre attachée à te suivre, - La mort te suit à chaque pas.
Viens offrir à ton Dieu l'encens et la prière; - Laisse pour le travail croître les animaux, - Et ne crois pas du Ciel apaiser la colère, - En versant le sang des taureaux.
Cède à la force ouverte, et supporte l'empire - D'un grand que tu dois ménager: - S'il a le pouvoir de te nuire. - Peut-être dans la suite il saura t'obliger.
As-tu fais quelque faute, en juge inexorable - Toi-même tu dois te punir: - Ainsi que le malade, il faut que le coupable - Prenne un remède amer, et souffre pour guérir.
Ne vas pas en public censurer la conduite - D'un homme qui longtemps fut un de tes amis; - Bien qu'il ait changé dans la suite, - Pense toujours aux noeuds qui vous avaient unis.
Montre-toi vivement sensible aux bons offices - Que dans l'occasion quelqu'un t'aura rendus, - Et n'imite pas ceux près de qui les services - Et les plus grands soins sont perdus.
Ne sois point d'une humeur soupçonneuse et timide, - Les hommes les plus malheureux - Sont ceux en qui la crainte et le soupçon réside; - La mort, en quelque sorte, est moins triste pour eux.
Commandant aux valets qui soignent ton ménage, - Epargne-les dans leur emploi: - Pense, quand tu les vois gémir dans l'esclavage, - Qu'ils sont tes serviteurs, mais hommes comme toi.
Dès que l'occasion devant toi se présente, - Apporte tous tes soins pour pouvoir la saisir; - Quelquefois vainement on tente - Ce qu'on a négligé de faire réussir.
Ne fais point éclater ta joie - Quand tu vois les méchants surpris par le trépas. - Heureux qui vit sans crime, et dans la douce voie - Termine sa course ici-bas.
Ton destin malheureux t'a fait prendre une femme - Qui n'a ni grand bien, ni pudeur: - D'ami de tes amants fuis le surnom infâme. - De crainte d'ajouter le crime au déshonneur.
Quelque instruit que tu sois, pense que la science - Doit augmenter chez toi de toutes les façons: - Fuis cette vaine suffisance - Qui ne veut pas d'autrui recevoir les leçons.

Œuvres de Denys Caton

Distiques de Caton, Livre premier, IDistiques de Caton, Livre premier, IIDistiques de Caton, Livre premier, IIIDistiques de Caton, Livre premier, IVDistiques de Caton, Livre premier, IXDistiques de Caton, Livre premier, VDistiques de Caton, Livre premier, VIDistiques de Caton, Livre premier, VIIDistiques de Caton, Livre premier, VIIIDistiques de Caton, Livre premier, XDistiques de Caton, Livre premier, XIDistiques de Caton, Livre premier, XIIDistiques de Caton, Livre premier, XIIIDistiques de Caton, Livre premier, XIVDistiques de Caton, Livre premier, XIXDistiques de Caton, Livre premier, XLDistiques de Caton, Livre premier, XVDistiques de Caton, Livre premier, XVIDistiques de Caton, Livre premier, XVIIDistiques de Caton, Livre premier, XVIII