Auteur

Christian Bobin

La durée amoureuse n'est pas une durée. Le temps passé dans l'amour n'est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce.
Il a cinquante ans. C'est l'âge où un homme entreprend l'inventaire de ses biens. C'est quoi réussir sa vie. Ce qu'on gagne dans le monde, on le perd dans sa vie.
La maison ce n'est pas une question de pierres mais d'amour. Une cave peut-être merveilleuse.
Dans ce qui est on voit ce qui manque. Dans le rire on rejoint ce qui manque.
Le nom de famille vous tombe dessus à la naissance, de plus en plus lourd avec l'âge, comme la pluie qui bruine et s'infiltre sous les vêtements les plus épais.
Ta mort fait comme une île noire dans un océan de lumière. Pour te rejoindre, aucune barque. Il faudrait pouvoir marcher sur la lumière. Cela doit s'apprendre. Cela s'apprend.
La mort, chaque fois qu'elle survient, détruit un livre d'images.
Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.
Ce sourire, au début, personne pour le voir. Que deviennent les choses que personne ne voit ? Elles grandissent. Tout ce qui grandit, grandit dans l'invisible et prend, avec le temps, de plus en plus de force, de plus en plus de place.
L'amour de certaines mères est comme une corde passée au cou de l'enfant : au moindre mouvement de celui-ci vers la vie, le noeud coulant se resserre.
Les livres s'ouvrent comme des mains apaisées.
Il n'y a pas de passé. Il n'y a qu'aujourd'hui et, dans aujourd'hui, serrés et brûlants comme à l'intérieur d'une clochette de muguet, tous les morts que nous avons aimés.
Les calculs ont remplacé la grâce. La contemplation des chiffres épuise l'âme. Ils sont à plaindre, les yeux du monde.
Ce qui s'enfuit du monde c'est la poésie. La poésie n'est pas un genre littéraire, elle est l'expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l'intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin.
Le chêne clair de ton cercueil est depuis quinze ans sur des tréteaux dans une allée de mon cerveau. Des anges lui jettent des pelletées de lumière.
Il n'y a dans une vie que quatre ou cinq évènements fondateurs, quatre ou cinq jaillissements de l'absolu. Ton sourire est un de ces évènements qui enflamment la nuit où je m'en vais confiant.
La douceur de vivre est l'avancée d'une vie éternelle dans la vie aujourd'hui.
L'expérience de l'humiliation est comme celle de l'amour, inoubliable.
Ah ne m'enlevez pas la poésie, elle m'est plus précieuse que la vie, elle est la vie même, révélée, sortie par deux mains d'or des eaux du néant, ruisselante au soleil.
Pour Wadsworth, de même que le diamant n'est qu'un morceau de carbone tant qu'il ne s'est pas cristallisé, l'homme n'est que néant tant que la pensée n'a pas taillé son âme comme un joyau dont chaque facette célèbre la lumière éternelle.
La bête qui ronge leur conscience leur en laisse assez pour qu'ils connaissent, par instants, l'horreur d'être là.
La bonté, c'est comme trouver un diamant dans de la verroterie : c'est incompréhensible. C'est impossible de savoir d'où elle vient, elle tombe du ciel et c'est cela qui est mystérieux.
On commence à écrire. Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.
Dans l'imaginaire, un écrivain est toujours mort, même quand il est vivant. Et les chanteurs, c'est l'inverse : même morts, ils sont vivants. Il me reste donc à écrire comme on chante.
Un seul soupir du chat défait tous les noeuds invisibles de l'air. Ce soupir plus léger que la pensée est tout ce que j'attends des livres.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)