Œuvre
La Grande Vie (2014)
J'ai entrevu assez du paradis pour comprendre qu'il peut être partout.
Je ne maudis jamais la pluie, cette petite soeur déshéritée du soleil.
L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit.
Les mères par leurs soins élémentaires fleurissent les abîmes. Si il y a encore des lions, des étoiles et des saints c'est parce qu'une femme épuisée pose un plat sur la table à midi.
Pourquoi grandir puisque enfants nous touchions déjà le ciel de nos petites mains d'argile rose ?
Les hommes regardent les femmes et ils en perdent la vue. Les femmes regardent les mots d'amour et elles y trouvent leur âme.
Le monde a tué la lenteur. Il ne sait plus où il l'a enterrée.
Aujourd'hui on n'écrit plus de lettres. C'est comme s'il n'y avait plus d'enfant pour jeter sa balle de l'autre côté du mur.
La floraison des cerisiers ne dure pas. L'essentiel on l'attrape en une seconde. Le reste est inutile.
Oui, on est un peu comme ça quand on est amoureux. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.
Ah ne m'enlevez pas la poésie, elle m'est plus précieuse que la vie, elle est la vie même, révélée, sortie par deux mains d'or des eaux du néant, ruisselante au soleil.
Ce que j'appelle réfléchir : je dévisse ma tête, je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade. A mon retour la tête s'est allumée. La promenade dure une heure ou un an.
Quand je vis, la vie me manque. Je la vois passer à ma fenêtre, elle tourne vers moi sa tête mais je n'entends pas ce qu'elle dit, elle passe trop vite. J'écris pour l'entendre.
L'ange qui nous a chassé du paradis a négligé de fermer quelques portes.