Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme.
Pendant qu'au loin la ville immense est endormie - Et qu'il n'en reste plus qu'un murmure dans l'air, - Monotone et pareil à celui de la mer.
Mon âme est une infante en robe de parade, - Dont l'exil se reflète, éternel et royal, - Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial, - Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.
Mon coeur, tremblant des lendemains, - Est comme un oiseau dans tes mains - Qui n'effarouche et qui frissonne. - - Il est si timide qu'il faut - Ne lui parler que pas trop haut - Pour que sans crainte il s'abandonne.
Luxure, fruit de mort à l'arbre de vie. - Fruit défendu qui fait claquer les dents d'envie.
Et toi, soeur rêveuse et pâlie, - Monte, monte, ô Mélancolie, - Lune des ciels roses défunts.
C'était un soir de grâce et de mansuétude.
Oh! garder à jamais l'heure élue entre toutes, - Pour que son souvenir, comme un parfum séché, - Quand nous serons plus tard las d'avoir trop marché, - Console notre coeur, seul, le soir, sur les routes!
Ton souvenir est comme un livre bien-aimé, - Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé, - Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante - D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente.
L'âme a besoin d'aimer, n'importe qui, n'importe quoi, comme le corps a besoin de manger. Il y a des âmes qui meurent de faim.
Le plus grand crime peut-être de la Société, c'est d'avoir rendu l'amour honteux.
L'angélique échanson des couchants violets - Penchant l'urne du rêve emplit l'or vieux des coupes.
Le long des prés déserts où le sentier dévale - La pénétrante odeur des foins coupés s'exhale.
Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme, - Où dans l'air énervé flotte du repentir, - Où sur la vague lente et lourde d'un soupir - Le coeur le plus secret aux lèvres vient mourir.
Princesses de sang bleu, dont l'âme d'apparat, - Des siècles au plus pur des castes macéra, - Grands seigneurs pailletés d'esprit. Marquis de sèvres.
Tout un monde galant, vif, brave, exquis et fou, - Avec sa fine épée en verrouil, et surtout - Ce mépris de la mort, comme une fleur, aux lèvres.
Versailles... Mais déjà s'amasse la nuit sombre. - - Et mon coeur tout à coup se serre, car j'entends, - Comme un bélier sinistre aux murailles du temps, - Toujours le grand bruit sourd de ces flots noirs dans l'ombre.
Blotti comme un oiseau frileux au fond du nid, - Les yeux sur ton profil, je songe à l'infini...
Je t'aime ingénument. Je t'aime pour te voir. - Ta voix me sonne au coeur comme un chant dans le soir.
Mon enfance captive a vécu dans des pierres, - Dans la ville où sans fin, vomissant le charbon, - L'usine en feu dévore un peuple moribond. - Et pour voir des jardins je fermais les paupières...
Œuvres de Albert Samain