Œuvre
Au Jardin de l'Infante (1893)
Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme.
Mon âme est une infante en robe de parade, - Dont l'exil se reflète, éternel et royal, - Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial, - Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.
Mon coeur, tremblant des lendemains, - Est comme un oiseau dans tes mains - Qui n'effarouche et qui frissonne. - - Il est si timide qu'il faut - Ne lui parler que pas trop haut - Pour que sans crainte il s'abandonne.
Luxure, fruit de mort à l'arbre de vie. - Fruit défendu qui fait claquer les dents d'envie.
Et toi, soeur rêveuse et pâlie, - Monte, monte, ô Mélancolie, - Lune des ciels roses défunts.
Ton souvenir est comme un livre bien-aimé, - Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé, - Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante - D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente.