Auteur

Sylvain Tesson

Le reflet est l'echo de l'image, l'écho est l'image du son.
Qu'est-ce que la société? Le nom donné à un faisceau de courants extérieurs qui pèsent sur le gouvernail de notre barque pour nous empêcher de la mener où bon nous semble.
Et si c'était par désespoir que les cascades se précipitaient du haut des montagnes?
Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l'or. Sur une terre surpeuplée, surchauffée, bruyante.
L'homme libre possède le temps. L'homme qui maîtrise l'espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé.
Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. D'où vient la difficulté de la vie en société? De cet impératif de trouver toujours quelque chose à dire.
L'homme est un enfant capricieux qui croit que la Terre est sa chambre, les bêtes ses jouets, les arbres ses hochets.
Le luxe n'est pas un état mais le passage d'une ligne, le seuil où, soudain, disparaît toute souffrance.
Ah! Le génie chinois! Avoir inventé le principe du non-agir pour justifier de rester toute la journée à se dorer au soleil du Yunnan sur le seuil d'une cabane...
Le solitaire des forêts a deux amours, le temps et l'espace. Le premier il l'emplit à sa guise, le deuxième, il le connait comme personne.
Je ne comprends pas les voyageurs qui usent du monde comme d'un divan, et infligent à la route l'insulte d'en faire la thérapeute de leurs névroses.
Aimer c'est reconnaître la valeur de ce qu'on ne pourra jamais connaître. Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d'un semblable.
Aimer un Papou, un enfant ou son voisin, rien que de très facile. Mais une éponge ! Un lichen ! Une de ces petites plantes que le vent malmène ! Voilà l'ardu : éprouver une infinie tendresse pour la fourmi qui restaure sa cité.
Je vis ici au royaume de la prévisibilité. Chaque jour s'écoule, miroir de la veille, esquisse du lendemain. Les variations des heures jouent sur la coloration du ciel, les allées et venues des oiseaux et mille nuances à peine perceptibles.
On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder.
Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d'un fusil plutôt que dans le verre d'une jumelle ?
Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment.
L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'éventualité qu'ils arrivent.
L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est quand ils vivent trop près.
Dans les pays pauvres, les pauvres sont maigres, mais dans les pays riches, ils sont gros.
Les experts : spécialiste de l'invérifiable.
Quelle que soit la direction prise, marcher conduit à l'essentiel.
Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche, je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c'est quand j'avance, devant moi, que tout s'arrête : le temps et l'obscure inquiétude de ne pas le maîtriser.
Le voyageur sait bien que si la route aide à s'alléger de tous ses biens, elle ne débarrasse pas de ses maux.
Voyager, ce n'est pas choisir les ordres, c'est faire entrer l'ordre en soi.

Œuvres de Sylvain Tesson

Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit (2011)Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (2008)Berezina (2015)Dans les forêts de Sibérie (2011)Eloge de l'énergie vagabonde (2007)Géographie de l'instant (2012)Interview accordée au Figaro janvier 2018L'Axe du loup : de la Sibérie à L'Inde, sur les pas des évadés du Goulag (2004)L'énergie vagabonde (2020)La panthère des neiges (2019)Petit traité sur l'immensité du monde (2005)S'abandonner à vivre (2014)Sur les chemins noirs (2016)Un été avec HomèreUne très légère oscillation (2017)Une vie à coucher dehors (2009)