Œuvre

Dans les forêts de Sibérie (2011)

Trop de facilité recouvre l'âme de suie.
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures?
En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse.
S'installer dans le réduit d'une hutte sibérienne, c'est gagner la bataille contre l'ensevelissement des objets.
Un bois n'a jamais refusé l'asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.
La solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres.
Une fuite, la vie dans les bois? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l'habitude donnent à l'élan vital.
Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent.
Le malheur détache les amarres. Le bonheur est une entrave à la sérénité. Heureux, j'avais peur de ne plus l'être.
Les arbres jettent l'or de leurs feuilles par les fenêtres de l'automne.
Un vagabond est un homme à flammes.
Insomnie: tapage nocturne des pensées.
Mariage: se mettre à deux pour éteindre l'incendie de l'amour.
Je me suis installé sur une île. A présent, j'attends qu'elle s'en aille.
La désillusion est l'hommage que la lucidité rend à l'imagination.
Lorsqu'on quitte un lieu de bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement: rien. Deuxièmement: ses remerciements.
Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu'un à qui l'expliquer.
Un amateur de havane prend plaisir à s'enrober de fumée. Les bouffées, offrandes d'un sacrifice inoffensif, relient l'homme aux dieux.
Le cigare et la vodka, compagnons idéaux de ces moments de repli. Aux pauvres gens solitaires, il ne reste que cela. Et les ligues hygiénistes voudraient interdire ces bienfaits! Pour nous faire parvenir à la mort en bonne santé?
Faut-il tuer Dieu mais se soumettre aux législateurs, ou bien vivre libre dans les bois en continuant à craindre les esprits? L'autonomie pratique et matérielle ne semble pas une conquête moins noble que l'autonomie spirituelle et intellectuelle.
La cabane est une cellule de grisement.
Devenir un manque à gagner devrait constituer l'objectif des révolutionnaires. Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt est plus anti-étatique qu'une manifestation hérissée de drapeaux noirs.
La société de consommation est une expression légèrement infâme, née du fantasme de grands enfants déçus d'avoir été trop gâtés. Ils n'ont pas la force de se réformer et rêveraient qu'on les contraigne à la sobriété.
Je me suis inventé une vie sobre et belle, j'ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix.
La retraite est révolte. Gagner sa cabane, c'est disparaître des écrans de contrôle.