Œuvre

Dans les forêts de Sibérie (2011)

Le bonheur est une entrave à la sérénité. Heureux, j'avais peur de ne plus l'être.
J'archive des heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence.
La vie consiste à tenir le coup entre la mort des êtres chers.
Le reflet est l'echo de l'image, l'écho est l'image du son.
Qu'est-ce que la société? Le nom donné à un faisceau de courants extérieurs qui pèsent sur le gouvernail de notre barque pour nous empêcher de la mener où bon nous semble.
Et si c'était par désespoir que les cascades se précipitaient du haut des montagnes?
Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l'or. Sur une terre surpeuplée, surchauffée, bruyante.
L'homme libre possède le temps. L'homme qui maîtrise l'espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé.
Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. D'où vient la difficulté de la vie en société? De cet impératif de trouver toujours quelque chose à dire.
L'homme est un enfant capricieux qui croit que la Terre est sa chambre, les bêtes ses jouets, les arbres ses hochets.
Le luxe n'est pas un état mais le passage d'une ligne, le seuil où, soudain, disparaît toute souffrance.
Ah! Le génie chinois! Avoir inventé le principe du non-agir pour justifier de rester toute la journée à se dorer au soleil du Yunnan sur le seuil d'une cabane...
Le solitaire des forêts a deux amours, le temps et l'espace. Le premier il l'emplit à sa guise, le deuxième, il le connait comme personne.
Aimer c'est reconnaître la valeur de ce qu'on ne pourra jamais connaître. Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d'un semblable.
Aimer un Papou, un enfant ou son voisin, rien que de très facile. Mais une éponge ! Un lichen ! Une de ces petites plantes que le vent malmène ! Voilà l'ardu : éprouver une infinie tendresse pour la fourmi qui restaure sa cité.
Je vis ici au royaume de la prévisibilité. Chaque jour s'écoule, miroir de la veille, esquisse du lendemain. Les variations des heures jouent sur la coloration du ciel, les allées et venues des oiseaux et mille nuances à peine perceptibles.
On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder.
Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d'un fusil plutôt que dans le verre d'une jumelle ?
Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment.
J'archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée.
Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide.
J'ai été libre car sans l'autre, la liberté ne connaît plus de limites.
Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres.
Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux il me manque quelqu'un a qui l'expliquer.
Je pousse la porte de la cabane. En Russie, le formica triomphe. 70 ans de matérialisme historique ont anéanti tout sens esthétique chez le russe. D'où vient le mauvais goût ? Pourquoi y a-t-il du lino plutôt que rien ?