Vivre, c'est faire de son rêve un souvenir.
❧
Le solitaire des forêts a deux amours, le temps et l'espace. Le premier il l'emplit à sa guise, le deuxième, il le connait comme personne.
◆
À lire aussi de Sylvain Tesson
Dans les palais, on doit murmurer : « Quand cela capte, cela les calme. » Connectez les populations, elles ne se rebiffent pas. À l'inverse, coupez le ouaib et voyez ce qui se passe. Les hommes ouvriront à nouveau Ravachol ou Bernanos, Homère ou Rimbaud et là… gare aux pouvoirs publics. Le ouaib est la nouvelle morphine : appelons cela la wifine.
Le coup de fusil part. L'oiseau tombe, moins bas que le chasseur.
En montagne, les efforts du ciel ne sont pas de trop, au petit matin, pour cacher sous une couche de neige la trace des orgies de la nuit.
La « prospérité » et le « confort » : ce sont les horizons que prescrit un nouvel (et grisâtre) héros de notre temps, Mark Zuckerberg. L'inventeur de la version numérique de la flaque d'eau de Narcisse (Facebook, disent-ils) a brandi ces deux objectifs de vie lors de son discours, devant les étudiants d'Harvard. Il aurait fallu opposer l'analyse d'Hannah Arendt à ce grossiste en gadgets digitaux. Pour elle, chaque individu pouvait faire son usage du héros homérique.
Dans la même œuvre
Trop de facilité recouvre l'âme de suie.
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures?
En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse.
S'installer dans le réduit d'une hutte sibérienne, c'est gagner la bataille contre l'ensevelissement des objets.
Un bois n'a jamais refusé l'asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.