Œuvre

S'abandonner à vivre (2014)

L'amour, c'est se rencontrer, se dissoudre, disparaître. - Tu arrêtes, chéri, avec tes aphorismes de paquet de lessive ?
Je n'ai pas de téléphone portable car je trouve d'une insondable goujaterie d'appeler quelqu'un sans lui en demander au préalable l'autorisation par voie de courrier. Je refuse de répondre au drelin du premier venu.
Les gens sont si empressés de briser nos silences... J'aime Degas, lançant c'est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique.
Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau du cuisinier japonais le concombre.
Le bon temps, comme l'énergie, ne se stocke pas. Les moments heureux ne sont pas des viatiques pour l'avenir.
L'amour, c'est se rencontrer, se dissoudre, disparaître.
Il vaut mieux ne pas remplir un vase que de vouloir le maintenir plein.
L'alpinisme est une manière de régler le problème de l'absurdité de la vie en lui opposant un comportement d'une absurdité supérieure.
Tout ce qui bouleverse la vie advient fortuitement. Le destin ressemble à ces seaux d'eau posés en équilibre sur la tranche de la porte. On entre dans la pièce, on est trempé. Ainsi va l'existence.
Les trous de mémoire sont une humiliation suprême, pire que les ravages des mites dans la penderie d'une ménagère maniaque.
Il voulait hiberner, elle sautait comme une puce. Elle avait trouvé son ours, elle ne le parasitait pas. Le temps ? Elle s'en foutait, elle l'avait semé.