Auteur

Sylvain Tesson

J'ai vite compris qu'à trop divaguer sur les cartes on risquait la déception. Car le voyageur, une fois l'esprit encombré de mythes, ne partira pas pour découvrir des royaumes inconnus mais pour vérifier si ceux-ci ressemblent à son rêve.
On s'apercevra vite que la nuit à la belle étoile est néfaste. La voûte céleste rend insomniaque : trop de beauté, trop de grandeur pour songer à dormir.
L'amour, c'est se rencontrer, se dissoudre, disparaître. - Tu arrêtes, chéri, avec tes aphorismes de paquet de lessive ?
Je n'ai pas de téléphone portable car je trouve d'une insondable goujaterie d'appeler quelqu'un sans lui en demander au préalable l'autorisation par voie de courrier. Je refuse de répondre au drelin du premier venu.
Les gens sont si empressés de briser nos silences... J'aime Degas, lançant c'est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique.
Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau du cuisinier japonais le concombre.
L'amour : deux cannibales qui s'invitent à dîner.
La patrie de la bonté, c'est le silence de nos coeurs et le secret de nos actes.
Lire nous confirme que la solitude est un trésor. Un livre peut changer une vie. Et dire qu'il n'y a aucune mise en garde d'inscrite sur la couverture.
Les Bleus se sont très mal comportés pendant la Coupe de monde de football, c'est entendu. Mais, franchement, qu'attendre de gens qui marchent sur les pelouses avec des crampons ?
Il est plus facile à un fleuve qu'à un homme de réussir en naissant dans le ruisseau.
Pour le malheur du Dalaï-Lama, les fils de Mao, eux, ne font jamais grève.
A force de se creuser la tête, on finit par y enterrer toute pensée.
Ce que l'on a vécu ne peut nous être retiré.
Le bon temps, comme l'énergie, ne se stocke pas. Les moments heureux ne sont pas des viatiques pour l'avenir.
L'amour, c'est se rencontrer, se dissoudre, disparaître.
Il vaut mieux ne pas remplir un vase que de vouloir le maintenir plein.
L'alpinisme est une manière de régler le problème de l'absurdité de la vie en lui opposant un comportement d'une absurdité supérieure.
Tout ce qui bouleverse la vie advient fortuitement. Le destin ressemble à ces seaux d'eau posés en équilibre sur la tranche de la porte. On entre dans la pièce, on est trempé. Ainsi va l'existence.
Les trous de mémoire sont une humiliation suprême, pire que les ravages des mites dans la penderie d'une ménagère maniaque.
Nous distillons le temps pour nous affranchir de l'espace.
Le poète amérindien Simon J. Ortiz écrit : Il n'y a pas de vérités, seulement des histoires .
La bonté n'existe pas à l'extérieur de l'homme, aucun système politique n'instaurera le règne du Bien et la seule manière de rendre le monde meilleur est de s'attacher à être bon en soi et autour de soi.
J'archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée.
Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide.

Œuvres de Sylvain Tesson

Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit (2011)Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (2008)Berezina (2015)Dans les forêts de Sibérie (2011)Eloge de l'énergie vagabonde (2007)Géographie de l'instant (2012)Interview accordée au Figaro janvier 2018L'Axe du loup : de la Sibérie à L'Inde, sur les pas des évadés du Goulag (2004)L'énergie vagabonde (2020)La panthère des neiges (2019)Petit traité sur l'immensité du monde (2005)S'abandonner à vivre (2014)Sur les chemins noirs (2016)Un été avec HomèreUne très légère oscillation (2017)Une vie à coucher dehors (2009)