Auteur

Sarah Chiche

L'amour, l'amour fou, est un des derniers bastions d'insurrection possible.
Je n'ai pas de moi, mon seul centre se trouve dans l'écriture. Toutes les références à l'autobiographie et l'autofiction sont caduques. Je peux seulement dire que l'écriture s'est faite dans un état de dévastation, de ruines.
Je suis très guidée par le fait de donner une forme à mon travail, que chaque partie de mon livre ait une forme discursive, un style propres. Je ne me sens ni nue, ni dévoilée, mais il y a des choses avec lesquelles on ne peut pas tricher - la déportation de mon grand-père comme triangle rouge (pas Juif mais prisonnier politique), les sujets qui concernent la guerre, le colonialisme...
J'ai voulu dire qu'il existe des interstices de liberté, l'idée que l'amour, l'amour fou est un des derniers bastions d'insurrection possible. L'amour fou peut conduire à la passion érotique la plus folle. Je voulais montrer quelque chose de l'excès et l'assumer totalement.
Je n'ai pas de moi, mon seul centre se trouve dans l'écriture. Toutes les références à l'autobiographie et l'autofiction sont caduques.
Peut-être avons-nous tous plusieurs vies. Il y a celle dont nous avions rêvé, enfant, et à laquelle nous pensons toujours, une fois adulte, et celle que nous vivons, chaque jour, dans laquelle nous nous devons d’être performants, responsables et utiles, et que nous terminerons jetés dans un trou.
Les coups, on peut aussi les donner avec des mots. L’avantage, c’est que ça ne laisse pas de traces visibles. Ça vous fait juste exploser la tête.
Qu’un deuil nous frappe dans l’enfance et le sentiment de la continuité d’exister n’ira plus de soi.
La fin d’une histoire ne signifie pas la fin de l’amour.
Depuis le début, il savait qu'elle mentait, qu'elle lui avait menti sur tout. Elle restait cette forteresse sans porte ni fenêtres sous le plancher de laquelle il était persuadé que se trouvait le plus beau des trésors, son moi profond, qu'un jour il exhumerait, pour la sauver et la transformer.
L'abandon est une autre forme de mort, si ce n'est de meurtre.
Parfois, le réel devient fou. Ce qui nous arrive défie tellement l'entendement que cela met en péril notre continuité d'exister, cette stabilité que nous avons conquise depuis notre naissance et qui nous a permis de nous construire un monde intérieur et d'acquérir une identité.
L’amour, dès qu’il cherche à se raconter, devient une farce dite par un aveugle à un sourd, le couinement obscène d’animaux humains qui n’ont pas même la simplicité des bêtes pour se renifler le derrière sans en faire toute une histoire quand ils sont contents de se rencontrer.
C’est offenser l’amour que d’en chercher les peines.
C’est impossible d'être à la hauteur de la fiction que l’on a de soi-même. Tout comme il est impossible d'être fidèle à la fiction que ceux qui nous aiment se font de nous.
L’amour a tellement peu à voir avec se connaître, de toute manière. En revanche, je lui trouve une profonde parenté avec se déguster.
Il y a, dit-il, une parenté profonde entre le premier et le dernier amour. - \r\n- La première fois qu'on aime, on se donne entièrement, parce qu'on croit qu'on a tout à y gagner et qu'on est promis au bonheur. La dernière fois parce qu'on sait qu'on n'a plus rien à perdre.
La plupart des traumatismes d’un individu remontent à sa petite enfance. La clé de vos angoisses se trouve dans votre passé. C’est donc là qu’il vous faut chercher l’origine de vos malheurs.
Les démons sont des désirs mauvais que vous ne pouvez admettre. Ce qui vous possède, ce n’est pas le diable, mais des désirs que vous diabolisez. Nous ne pouvons jamais être à cent pour cent dans la lumière. Nous avons tous notre part de ténèbres, qu’il nous faut accepter.
Je ne fais aucune différence entre les êtres. J’aime tout le monde d’un amour infini et d’égale manière et cet amour me comble. Je ne dois donc rien à personne.
Quand on a mal à un membre, il faut l’amputer. Pour éviter tout conflit et toute souffrance, coupez les ponts avec tous ceux qui ne vous correspondent plus.
On peut vivre sans être aimé, croyez-moi. Mais on ne peut pas vivre sans aimer. Le temps y remédiera. Pour vivre, vous pardonnerez.
Nous avons tous une première image de notre enfance, comme si nos yeux s’étaient ouverts ce jour-là. Et ce que nous avons vu avant, nous ne le savons pas.
On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Et pourtant, chacun peut remonter le cours de son histoire comme un saumon remonte le cours d’une rivière.
Les Japonais nomment Takotsubo, qui veut dire « piège à poulpe », ce syndrome où, à la suite d’une rupture amoureuse, d’un deuil ou d’un choc émotionnel intense, le cœur se déforme, ses muscles s’affaiblissent et deviennent si paresseux que, tout à coup, littéralement, il se brise.

Œuvres de Sarah Chiche

L'emprise (2010)Les Enténébrés (2019)Rencontre avec la romancière Sarah Chiche, France Culture, dans l'émission Le Réveil culturel par Tewfik Hakem, 14/01/2019Saturne (2020)