Il n'y a pas une idée qui ne passe par la politique; bien heureux si elle ne s'y arrête pas.
Les machines semblent avoir été inventées pour nous éviter les fatigues, mais tous les travailleurs travaillent beaucoup plus depuis qu'ils s'en servent.
Sade fait songer aux livres sacrés des grandes religions.
Des mots sans suite porteurs de sens embroussaillés tournent en rond autour de toi.
On dit d'un monsieur un peu raide qu'il a avalé sa canne. C'est que la canne est un objet plutôt rigide. Mais nous avons tous avalé notre squelette, et nous n'en sommes que plus adroits.
Je vous demande pardon, montées des routes - Je vous demande pardon, descentes des routes - Ramenez-moi à la maison, mon esprit - Je suis fou d'une fille.
La puissance des mots révèle en tous cas un décalage, et comme une rupture des rapports qui jouent à l'intérieur du langage entre le mot et le sens, entre le signe et l'idée.
Sainte-Beuve tâche à classer les esprits; les oeuvres lui paraissent sans conséquence.
Bref, le cliché nous est signe que le langage soudain a pris le pas sur un esprit dont il vient contraindre la liberté, et le jeu naturel.
S'il est vrai que la critique soit la contrepartie des arts et comme leur conscience, il faut avouer que les lettres de nos jours n'ont pas bonne conscience.
L'on ne voulait rompre qu'avec un langage trop convenu et voici que l'on est près de rompre avec tout le langage humain.
Qui donc irait faire grief au physicien d'isoler la pesanteur des autres qualités du corps qu'il étudie et de négliger le parfum, la couleur et le goût de la pomme dont il observe la chute!
L'on sait, depuis Flaubert et Bloy, qu'il n'est idée ni phrase «reçue» où la bêtise ne coudoie la méchanceté.
L'image la plus courante que nous formions du rhétoriqueur montre un homme qui prépare et assure, avant d'y couler sa pensée, des combinaisons de langage.
Mais Aragon traite la littérature de machine à crétiniser, les littérateurs de crabes.
Il ne suffit pas de croire aux sirènes pour en rencontrer sur les eaux, mais il suffit parfaitement de croire à l'influence des mots, pour que cette influence aussitôt surgisse.
L'on peut juger ici de la peine que nous avons à nous débarrasser d'une idée toute faite.
Il n'est pas de manière plus sûre de compromettre un innocent (et tout aussi bien un coupable) que de le louer sans mesure ou de le défendre avant que personne songe à l'attaquer.
Force est aux gens de nous juger, non point tant sur nos véritables pensées et nos sentiments qui ne se voient pas, que sur notre dehors et nos actes.
Et quel lecteur, s'il a le moindre souci d'exactitude, s'y délivrerait de la hantise - de l'influence - des mots et des phrases.
Le critique, depuis Sainte-Beuve, constate dans l'écrivain, à la naissance même de l'oeuvre, un phénomène tel qu'il entraîne inévitablement le mérite ou le démérite.
Boileau, Voltaire ou La Harpe jugeaient d'un poème qu'il était aimable ou déplaisant, qu'il flattait ou froissait le goût, les règles, la nature.
Je dessine seulement, sans les apprécier, les traits généraux du débat.
Il est un ton, à quoi reconnaître à distance la passion partisane. Ce n'est pas nécessairement (comme on le suppose) un ton chaud et persuasif. Non. Mais plutôt un ton froid, détaché, extérieur.
Nous nous piquons à nos opinions avec d'autant plus de violence que nous les sentons plus discutées ou plus douteuses, les tenant ainsi pour certaines à proportion qu'elles ne le sont pas.
Œuvres de Jean Paulhan
A demain, la poésieClef de la poésieDans la Préface des Contes de Noël DevaulxDe la paille et du grainDeux cent vingt-six lettres inédites de Jean Paulhan (1933-1967)Entretien sur des faits divers (1930)L'Art informel, dans la Nouvelle Revue française, mai 1961.L'AveugletteLa peinture cubiste (1990)La rhétorique renaît de ses cendresLe Bonheur dans l'esclavageLe Don des langues (1996)Le Marquis de Sade et sa complice, ou les Revanches de la pudeur (1951)Les Causes célèbres (1950)Les Fleurs de TarbesLes Fleurs de Tarbes ou La terreur dans les Lettres (1936-1941)Les Hain-Tenys Merinas (1913)Les Hain-teny mérinasLes Incertitudes du langage (1970)Lettre 345 (1946)