Œuvre
Entretien sur des faits divers (1930)
Il est bien vrai que les gens gagnent à être connus. Ils y gagnent en mystère.
... Un bon syllogisme n'a jamais convaincu personne.
Les gens gagnent à être connus, ils y gagnent en mystère.
Qui donc irait faire grief au physicien d'isoler la pesanteur des autres qualités du corps qu'il étudie et de négliger le parfum, la couleur et le goût de la pomme dont il observe la chute!
L'on peut juger ici de la peine que nous avons à nous débarrasser d'une idée toute faite.
Il n'est pas de manière plus sûre de compromettre un innocent (et tout aussi bien un coupable) que de le louer sans mesure ou de le défendre avant que personne songe à l'attaquer.
Force est aux gens de nous juger, non point tant sur nos véritables pensées et nos sentiments qui ne se voient pas, que sur notre dehors et nos actes.
Il est un ton, à quoi reconnaître à distance la passion partisane. Ce n'est pas nécessairement (comme on le suppose) un ton chaud et persuasif. Non. Mais plutôt un ton froid, détaché, extérieur.
Nous nous piquons à nos opinions avec d'autant plus de violence que nous les sentons plus discutées ou plus douteuses, les tenant ainsi pour certaines à proportion qu'elles ne le sont pas.
Au lieu d'une opinion subtile et nuancée emporte toujours quelque vague soupçon d'hypocrisie.
Je m'étonne chaque fois davantage de toute la fraîcheur et la vivacité qui viennent à nos sentiments sitôt purgés des idées et des raisons, avec quoi nous n'avons que trop tendance à les confondre.
Personne n'est jamais allé supposer d'un vase qu'il suffirait, pour l'emplir et le faire déborder, d'une seule goutte d'eau.
Il serait étrange que l'illusion ne jouât pas dans les jugements que portent les uns sur les autres des hommes de professions ou d'occupations différentes.
On dit que la fin justifie les moyens (elle les condamne tout aussi bien).
On sait bien que nous jugeons les hommes et qu'ils se jugent eux-mêmes, sur les succès, bon ou mauvais, comme s'ils avaient de tout temps préparé ce succès.
Du premier instant, une femme est pour nous toutes les femmes ; le seul Chinois que nous connaissions la Chine entière. L'esprit occupe à chaque instant tout l'espace dont il dispose.