Sainte-Beuve tâche à classer les esprits; les oeuvres lui paraissent sans conséquence.

À lire aussi de Jean Paulhan

On sait bien que nous jugeons les hommes et qu'ils se jugent eux-mêmes, sur les succès, bon ou mauvais, comme s'ils avaient de tout temps préparé ce succès.
Il ne suffit pas de croire aux sirènes pour en rencontrer sur les eaux, mais il suffit parfaitement de croire à l'influence des mots, pour que cette influence aussitôt surgisse.
Je ne sais s'il est vrai que les hommes de lettres se soient contentés jadis de distraire d'honnêtes gens. (Ils le disent du moins).
Qui donc irait faire grief au physicien d'isoler la pesanteur des autres qualités du corps qu'il étudie et de négliger le parfum, la couleur et le goût de la pomme dont il observe la chute!
Chacun sait qu'il y a, de nos jours, deux littératures: la mauvaise, qui est proprement illisible (on la lit beaucoup). Et la bonne, qui ne se lit pas.
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Dans la même œuvre

La puissance des mots révèle en tous cas un décalage, et comme une rupture des rapports qui jouent à l'intérieur du langage entre le mot et le sens, entre le signe et l'idée.
Bref, le cliché nous est signe que le langage soudain a pris le pas sur un esprit dont il vient contraindre la liberté, et le jeu naturel.
S'il est vrai que la critique soit la contrepartie des arts et comme leur conscience, il faut avouer que les lettres de nos jours n'ont pas bonne conscience.
L'on ne voulait rompre qu'avec un langage trop convenu et voici que l'on est près de rompre avec tout le langage humain.
L'on sait, depuis Flaubert et Bloy, qu'il n'est idée ni phrase «reçue» où la bêtise ne coudoie la méchanceté.