Mais dans un couple il ne suffit pas de parler, encore faut-il s'entendre.
Auteur
Jean-Paul Dubois
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Faire un livre est une chose simple. Il suffit de ne pas vivre.
Le courage dont on fait preuve pour écrire est celui-là même qui nous fait défaut dans l'existence.
Les livres ne sont qu'un tout petit miroir du monde où se mirent les hommes et l'état de leur âme mais qui jamais n'englobe la stature des arbres, l'infini des marais, l'immensité des mers.
Le gaucher se doit d'être digne. Il est ennobli par sa différence. C'est une sorte de particule, une aristocratie intérieure, secrète et permantente.
Les faillites aiment les week-ends. Et la vie est pleine de dimanches.
La vie n'est rien d'autre que ce filament illusoire qui nous relie aux autres et nous donne à croire que le temps d'une existence que nous pensons essentielle, nous sommes simplement quelque chose plutôt que rien.
Je pris alors conscience de notre incroyable capacité à composer avec l'inacceptable.
Quand il examinait longuement cette image, il lui arrivait d'entendre la voix de sa femme résonner dans sa mémoire. La voix était la première chose que l'on oubliait après le départ de quelqu'un.
Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n'existe pas de marche arrière.
Je n'invente pas grand-chose dans mes romans, tout est déjà là. C'est une grande banalité de dire cela : la vie est romanesque.
Il n'y a ni événement absolu ni être providentiel. On est tous dans une sorte de vase à se débattre.
Le bonheur, c'est d'être auprès de quelqu'un à qui l'on tient, dans un endroit où l'on est bien, dont on n'a pas envie de partir.
Durant cette maladie, j'ai souvent perdu pied, j'ai plié mais je n'ai jamais prié.
En ces années quatre-vingt, il fallait être mort pour ne pas avoir d'ambition. L'argent avait l'odeur agressive et prémerdeuse des déodorants pour toilettes.
Les naissances, comme les morts d'ailleurs, ont l'étrange pouvoir de lubrifier les coeurs et d'effacer les ardoises surchargées du passé.
J'ai enterré trop de chiens pour feindre d'ignorer ce qui m'attend. Tout n'est plus désormais qu'une question de temps, de patience. Autrefois, je me vantais d'aimer la compagnie des mouches. Désormais, je trouve leur empressement déplacé quand je les vois, fébriles, téter mon épiderme.
J'écoutais le silence de la maison, je me disais que ce sera comme cela tous les matins, tous les soirs, toutes les nuits si Anna mourait et si les enfants se faisaient écraser un à un en sortant du collège.
Ensuite, j'ai réfléchi à ma vie. Elle ne ressemblait à rien. l'avais une existence de millionnaire fauché, je ne faisais rien de mes journées, et elles passaient sans me regarder comme des bolides sur une autoroute. Je n'avais pas de vrai travail, pas d'horaires, pas de contraintes réelles, pas de copains de bureau, pas de problèmes de transport. Et pourtant je me débrouillais toujours pour me retrouver coincé dans l'embarras. Je n'étais ni heureux ni malheureux. Je n'étais pas accablé de labeur, mais je n'éprouvais pas non plus l'agréable satisfaction du devoir accompli.
Il y a une infinité de façons de gâcher sa vie.
Les gens qui travaillent s'ennuient quand ils ne travaillent pas. Les gens qui ne travaillent pas ne s'ennuient jamais.
La flatterie est comme l'ombre : elle ne vous rend ni plus grand ni plus petit.
J'aime la géographie des voyages, celle que l'on traverse à pied, à hauteur d'homme, instruit par les déclivités, la fatigue des jambes et le caprice des cieux. Beaucoup moins celle des livres enluminés de graphes et de data.
L'obtention de mon baccalauréat à l'âge de dix-huit ans ne se fit pas sans mal. Je ne dus mon salut qu'à une séance de repêchage où l'on dénombra un grand nombre de noyés.
Il m'arrive parfois de fermer les yeux et d'essayer de reconstituer ces promenades du soir dans le jardin d'Éden, mais à chaque tentative des voix sauvages jaillissant des couloirs et des cellules font s'écrouler la patiente et fragile reconstruction qu'essayait d'opérer ma mémoire. C'est alors que l'on prend la mesure de ce qu'est une peine de prison. Une incapacité chronique à s'évader, ne serait-ce que le temps d'une marche en compagnie des morts.
Œuvres de Jean-Paul Dubois
Elle - Septembre 2004Eloge du gaucher dans un monde manchot (1986)Entretien Le Monde 03 février 2017, propos recueillis par Anne-Sophie NovelHommes entre eux (2007)Interview Bibliobs par Grégoire Leménager, le 27 août 2016Interview Le Monde, le 3 février 2017Je pense à autre chose (1997)La succession (2016)Le cas Sneijder (2011)Si ce livre pouvait me rapprocher de toi (1999)Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (2019)Tous les matins je me lève (1988)Une vie française (2004)