Œuvre

La succession (2016)

Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n'existe pas de marche arrière.
Chaque enfance fabrique ses légendes.
J'avais 44 ans, la vie sociale d'un guéridon, une vie amoureuse frappée du syndrome de Guillain-Barré et je pratiquais avec application et rigueur un métier estimable mais pour lequel je n'étais pas fait.
La médecine a perdu son âme depuis que pour prendre la fièvre on n'utilise plus de thermomètre anal.
Que ce fût en famille ou dans l'exercice de son métier, j'ai toujours eu le sentiment qu'il y avait chez mon père cette appétence à palper l'âme humaine et à la tripoter comme on joue avec de la pâte à modeler.
Les moteurs humains démarrent parfois au moment où on ne les attend pas et il serait vain de se montrer trop regardant sur la nature du carburant qui alors les anime.
C'était, paraît-il, dans les petites anfractuosités de la vie que se cachait le diable.
Les femmes, elles sont pas comme nous. Elles ont un cerveau différent. Il se passe de drôles de choses dans leur tête, des choses que tu ne peux imaginer ni comprendre. Des fois on dirait qu'elles ont la possibilité de lire dans le futur, de voir ce qui va arriver.
J'étais trop malade de moi-même pour espérer soigner les autres.
Il n'y a rien de ridicule à pleurer la mort de son chien. Nous avions partagé nos vies et Watson était bien plus proche de moi que mes parents ne l'avaient jamais été. Nous avions un langage commun, nous nous comprenions et, un an après sa disparition, je guettais encore le bruit de ses pattes quand il dévalait l'escalier.
La journée glissa lentement vers le soir, dans une atonie qui s'accordait avec ma lassitude.
Je pris une longue douche , rentrais dans ma chambre et regardais le lit. Il était grand, sans doute un King size, pourtant il y a longtemps que je n'avais plus de reine.