Les gens qui travaillent s'ennuient quand ils ne travaillent pas. Les gens qui ne travaillent pas ne s'ennuient jamais.

À lire aussi de Jean-Paul Dubois

Je pris une longue douche , rentrais dans ma chambre et regardais le lit. Il était grand, sans doute un King size, pourtant il y a longtemps que je n'avais plus de reine.
J'ai réalisé, à force, que la position d'immobilité met en capacité de réfléchir et de travailler intensément. Ma mémoire, soumise à ce temps compressé, fait remonter des informations que je ne soupçonne pas, elle restitue ce qu'elle a filtré et stocké. Je pars alors de quatre ou cinq idées fortes qui m'ont marqué pendant les mois que j'ai passés à ne rien faire : le temps m'a permis de les ruminer, de les travailler comme un minerai de base.
On a institué le travail comme valeur essentielle, mais on ne parle jamais du temps. On ne dit pas aux enfants « vous avez tant de temps à vivre ». C’est ça qui m’émeut, en plus, bien sûr, de toutes les choses effrayantes de la vie…
En ces années quatre-vingt, il fallait être mort pour ne pas avoir d'ambition. L'argent avait l'odeur agressive et prémerdeuse des déodorants pour toilettes.
Il m'arrive parfois de fermer les yeux et d'essayer de reconstituer ces promenades du soir dans le jardin d'Éden, mais à chaque tentative des voix sauvages jaillissant des couloirs et des cellules font s'écrouler la patiente et fragile reconstruction qu'essayait d'opérer ma mémoire. C'est alors que l'on prend la mesure de ce qu'est une peine de prison. Une incapacité chronique à s'évader, ne serait-ce que le temps d'une marche en compagnie des morts.
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Dans la même œuvre

Il y a une infinité de façons de gâcher sa vie.
La flatterie est comme l'ombre : elle ne vous rend ni plus grand ni plus petit.
J'aime la géographie des voyages, celle que l'on traverse à pied, à hauteur d'homme, instruit par les déclivités, la fatigue des jambes et le caprice des cieux. Beaucoup moins celle des livres enluminés de graphes et de data.
L'obtention de mon baccalauréat à l'âge de dix-huit ans ne se fit pas sans mal. Je ne dus mon salut qu'à une séance de repêchage où l'on dénombra un grand nombre de noyés.
Il m'arrive parfois de fermer les yeux et d'essayer de reconstituer ces promenades du soir dans le jardin d'Éden, mais à chaque tentative des voix sauvages jaillissant des couloirs et des cellules font s'écrouler la patiente et fragile reconstruction qu'essayait d'opérer ma mémoire. C'est alors que l'on prend la mesure de ce qu'est une peine de prison. Une incapacité chronique à s'évader, ne serait-ce que le temps d'une marche en compagnie des morts.