Auteur

Georges Duhamel

Précieuse, à vrai dire, m'apparaît la mémoire des lieux, des visages, des odeurs. Celle-là, je prends plaisir à l'exercer par des moyens indirects.
Tragique besoin de possession: «Mes études, mon régiment, mon juge, mon bourreau.»
L'observation est active et volontaire. La contemplation involontaire et passive. Dans l'observation, le courant principal va de l'esprit à l'univers. Dans la contemplation, c'est le contraire.
Tout à coup, issu du fond de l'espace, un miaulement nait, s'enfle, déchire l'air au-dessus de la baraque, et l'obus crève à quelques pas, avec le bruit d'un objet fêlé qui se casse.
Souvent, je disposais de deux tables, c'est-à-dire que j'opérais sur l'une pendant que, sur l'autre, on endormait un second patient.
Barnabé me dit volontiers: «Vous êtes optimiste!» C'est bien possible. Et, cependant, les vrais optimistes n'écrivent pas: ils mangent, ils jouissent.
Je respecte, j'admire le travail de l'historien. Dans la cohue des faits, dans le fatras des documents, il s'efforce de découvrir un principe d'ordonnance.
Quand tu t'adresses à quelqu'un, à un zèbre, à un palotin, enfin à un monsieur très bien, c'est-à-dire à un type quelconque, donne-lui toujours tous ses titres, et même ceux qu'il n'a pas.
Un préfet à qui je parlais, naguère, des excès de la paperasse me dit en levant les bras avec désespoir: «Vous, toute cette paperasse vous gêne. Mais moi, elle me paralyse!»
Fuis surtout les besognes paralittéraires ou juxtalittéraires qui te gâteront la main, épuiseront tes facultés d'invention, te forceront à des corvées pour lesquelles tu n'es pas fait.
Mon cher, quel que soit le système politique, les hommes de pouvoir sont toujours des parleurs.
Vous avez remarqué que, lorsqu'on est très malheureux, on parle aux autres hommes en leur disant «mon pauvre ami», ou «mon pauvre monsieur», comme s'ils étaient eux-mêmes à plaindre.
Chaque fois que revenait, dans nos entretiens, un mot ayant le moindre rapport avec l'affaire Dreyfus, il semblait qu'aussitôt un abîme s'ouvrit sous nos pas et divisât la famille.
Sans un souffle de cette littérature, soeur de la politesse, la vie retombe assez vite à la goujaterie et à l'abjection.
Je me suis juré mille fois d'accueillir avec sérénité peut-être même avec allégresse, en tous cas avec une vaillance lucide, ce qu'on nomme «les avertissements de l'âge».
La France est divisée en deux blocs adverses, et ceux qui, comme moi, se trouvent entre les deux n'ont plus qu'à choir dans le vide.
La véritable grandeur n'est point affaire de dimensions absolues, c'est l'effet de proportions heureuses.
Le monde affectif, pour lui, se limite à sa personne qui est douillette, irritable, susceptible de certains sentiments et de certaines passions ou émotions comme la rancune, le mépris, la haine, la colère.
Les coups qu'il m'est arrivé de porter à tels de nos aînés, me sont aujourd'hui rendus par tels de mes cadets.
Si Descartes est devenu Descartes c'est qu'il a passé tout un hiver déterminant pour le monde, à rêver seul et en silence dans cette chambre chauffée qu'on appelait le poêle.
Ce qu'il était, c'était - comment dire? - possessif. Il n'y a pas d'autre mot. Ce qu'il avait, c'était l'instinct - oh! très fort - de la propriété, de la chose personnelle.
Il n'est pas dans la commune nature des êtres vivants de se sacrifier. Pourtant, des hommes ont pu se sacrifier à des idées, à de nobles causes, au salut de ceux qu'ils aimaient.
C'était une de ces spacieuses sépultures familiales où, de lustre en lustre, les places sont âprement réclamées et prises. Une huitaine d'inscriptions couvraient la stèle.
Les spécialistes ont tendance à s'enfermer dans leur spécialité, à vivre reclus en face de leurs difficultés ordinaires, et à se désintéresser du reste.
Il tombait une de ces pluies dont on ne devrait pas dire qu'elles tombent, car elles semblent sourdre de l'air malade, du sol, des choses, des hommes.

Œuvres de Georges Duhamel

Chronique des Pasquier (1933-1945)Chronique des Pasquier: I. Le Notaire du Havre (1933-1945)Chronique des Pasquier: I. Le Notaire du Havre (1933-1945), IntroductionChronique des Pasquier: III. Vue de la Terre promise (1933-1945)Chronique des Pasquier: IX. Suzanne et les jeunes hommes (1933-1945)Chronique des Pasquier: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)Chronique des Pasquier: VI. Les Maîtres (1933-1945)Chronique des Pasquier: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)Chronique des Pasquiers: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)Chronique des Pasquiers: VI. Les Maîtres (1933-1945)Chronique des Pasquiers: VII. Cécile parmi nous (1933-1945)Chronique des Pasquiers: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)Chronique des Pasquiers: X. La passion de Joseph Pasquier (1933-1945)Chronique des saisons amères (1944)Civilisation française (1944)Cri des profondeurs (1951)Discours aux nuagesDiscours aux nuagesDéfense des lettres (1937)Défense des lettres (1937), IV