Œuvre

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

J'ai pesé, prévu maintes choses. Je m'attends aux faux-pas, aux embûches, aux mécomptes.
Les gens qui possèdent une encolure de taureau et une mandibule de dogue mettent tout leur personnage dans la nuque et dans la mâchoire.
Je jouis d'un traitement de faveur, c'est-à-dire que je travaille dans un local spacieux.
Fouettés par le vent, les flocons se précipitent: obliques, rapides, soumis.
Mais, fluide comme un filet d'eau pure, un chant de flûte ruisselait dans l'ombre.
Il était prévoyant avec témérité, avec folie.
Franchement, non, je ne pensais pas à vous, si je peux toutefois vous l'avouer sans discourtoisie.
A part les jours où je dois déjeuner rue du Pot-de-Fer, je compte prendre mes repas dans ma chambre: frugalité parfaite.
De temps en temps, il retire son binocle aveuglé de vapeur et l'essuie furtivement.
Il aurait pu prononcer un mot, un eul. Il n'a pas prononcé ce mot, je ne lui en fais pas grief. Il a femme, enfants, et une réputation avec laquelle il ne peut pas jouer.
Il se promène, lisant, récitant au besoin ce qu'il sait par coeur. Dans sa ferveur, il ne répugne pas à l'interpolation. Il prête aux grands hommes. Il ajoute aux textes illustres.
Vous me faites songer à Robinson Crusoé qui détruisait les sauvages à coups de mousquet pour les empêcher de se manger entre eux.
Mon cher, quel que soit le système politique, les hommes de pouvoir sont toujours des parleurs.