Auteur

Delphine de Vigan

Avais-je besoin d'écrire ça ? Ce à quoi, sans hésitation, j'ai répondu que non. J'avais besoin d'écrire et ne pouvais rien écrire d'autre, rien d'autre que ça. La nuance était de taille.
La nuit quand on ne dort pas les soucis se multiplient, ils enflent, s'amplifient, à mesure que l'heure avance les lendemains s'obscurcissent, le pire rejoint l'évidence, plus rien ne paraît possible, surmontable, plus rien ne paraît tranquille.
Il regarde la ville, cette superposition de mouvements. Ce territoire infini d'intersections, où l'on ne se rencontre pas.
Quoi que je dise et fanfaronne, il y a une douleur à se replonger dans ces souvenirs, à faire resurgir ce qui s'est dilué, effacé, ce qui a été recouvert.
Aucun prince, aucune réussite ne peuplaient ses rêves, simplement le temps étalé devant elle dont elle pouvait disposer selon sa volonté propre, un temps contemplatif qui la tiendrait à l'abri.
Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré : trop casse gueule en résumé.
Aujourd'hui j'aime un homme dont la trajectoire a étrangement percuté la mienne (ou plutôt l'inverse) à la fois si semblable et si différent de moi, dont l'amour innatendu, dans le même temps me comble, me renverse et me renforce...
C'est fou ce que les choses peuvent avoir l'air normal en apparence. Si on se donne un peu de mal. Si on évite de soulever le tapis. Un peu plus on se croirait dans un monde parfait où tout finit toujours par s'arranger.
Nous portons tous la trace du regard qui s'est posé sur nous quand nous étions enfants ou adolescents. Nous la portons sur nous, oui, comme une tache que seules quelques personnes peuvent voir.
Rares sont les gens qui posent les vraies questions, celles qui importent.
J'étais une petite fille é-mot-ive, à laquelle il manquait donc des mots.
Les vrais élans créateurs sont précédés par une forme de nuit.
En tout cas, que le roman soit certifié par le réel ne le rend pas meilleur.
Les regards de nos parents, des autres adultes, des autres enfants sont tatoués sur nos peaux. Il nous a fallu composer avec. Et parfois sans.
L'écriture est pour moi un territoire retranché. Mais c'est aussi ce qui la rend si dangereuse. Et peut-être qu'un jour, je n'aurai plus la force d'écrire.
L'absence d'un objet ou d'un sujet s'exprime mieux pas la phrase il n'y en a pas (ou plus). Les nombres demeurent une abstraction et le zéro ne dit ni l'absence ni le chagrin.
J'ignore s'il est difficile de quitter quelqu'un qu'on aime mais je sais combien il est difficile de perdre quelqu'un.
Je suis toujours passée à côté des hommes, je les ai aimés trop tôt, trop vite ou trop tard.
Elle aurait préféré crever plutôt que de nous demander quoi que ce soit, me suis-je dit, puis j'ai pensé que c'était exactement ce qu'elle avait fait, et j'ai beaucoup pleuré.
Elle a vidé ce corps de sa vie, elle est allée jusqu'au bout, au bout de ses forces.
C'est l'histoire d'une petite fille en équilibre sur une branche, qui ne mange plus rien d'autre que des livres.
Je suis fière qu'elle ne me traite pas comme une gamine parce que je sais bien ce que ça signifie, et la différence qu'il y a avec d'autres mots pour dire la même chose et que les mots ont leur importance et leurs nuances.
Les choses sont toujours plus compliquées qu'il y paraît. Les choses sont ce qu'elles sont, et il y en a beaucoup contre lesquelles on ne peut rien. Voilà sans doute ce qu'il faut admettre pour devenir adulte.
Mon écriture, si elle dure, ne peut être qu'un immense malaise. Je renonce à la vie, je me couche pour mourir.
J'ai lu un livre, une théorie sentimentale, dite de la deuxième chance, selon laquelle le destin se chargerait de remettre sur votre chemin le ou la promis(e) que vous auriez manqué une première fois, par paresse ou par inadvertance.

Œuvres de Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie (2015)Jours sans faim (2001) (sous le pseudonyme de Lou Delvig)Les Heures souterraines (2009)Les Jolis Garçons (2005)Les gratitudesLes loyautésNo et moi (2007)Nouvelles contemporaines - Regards sur le monde (2012)Rien ne s' oppose à la nuit (2011)Rien ne s'oppose à la nuit (2011)Un soir de décembre (2005)