J'étais une petite fille é-mot-ive, à laquelle il manquait donc des mots.

À lire aussi de Delphine de Vigan

Pour être vivants. Il faut bien qu'on puisse faire des petites choses tout seuls dans notre coin, des petites choses légèrement interdites, et fermer notre porte quand on a besoin d'être tranquilles.
Thaïs ouvrait et fermait les yeux, bâillait, tétait, agitait ses petits bras, et cette mécanique de haute précision avait été fabriquée par mes parents.
Notre silence est comme un retour à l'origine des choses, à leur vérité.
Quand j'étais petite je voulais être un feu rouge, au plus grand carrefour, il me semblait qu'il n'y avait rien de plus digne, de plus respectable, régler la circulation, passer du rouge au vert et du vert au rouge pour protéger les gens.
Des mots périmés, avariés, qu'on ne digère pas. Qui restent sur l'estomac.
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Dans la même œuvre

Nous portons tous la trace du regard qui s'est posé sur nous quand nous étions enfants ou adolescents. Nous la portons sur nous, oui, comme une tache que seules quelques personnes peuvent voir.
Rares sont les gens qui posent les vraies questions, celles qui importent.
Les vrais élans créateurs sont précédés par une forme de nuit.
En tout cas, que le roman soit certifié par le réel ne le rend pas meilleur.
Les regards de nos parents, des autres adultes, des autres enfants sont tatoués sur nos peaux. Il nous a fallu composer avec. Et parfois sans.