Auteur

Delphine de Vigan

Notre silence est comme un retour à l'origine des choses, à leur vérité.
Peut-être que dans la vie on a une seule chance, tant pis si on ne sait pas la saisir, ça ne revient pas.
Si on s'y attache, la grammaire révèle le sens caché de l'histoire, dissimule le désordre et l'abandon, relie les éléments, rapproche les contraires, la grammaire est un formidable moyen d'organiser le monde comme on voudrait qu'il soit.
La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière.
Et si c'était ça, le bonheur, pas même un rêve, pas même une promesse, juste l'instant.
Elle s'étonne, le temps passe si vite, déjà Noël, déjà l'hiver, déjà demain et rien ne bouge, voilà le problème, en effet, notre vie est immobile et la terre continue de tourner.
L'insomnie est la face sombre de l'imagination.
Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants.
L'échec amoureux n'est ni plus ni moins qu'un calcul coincé dans les reins. De la taille d'un grain de sable, d'un petit pois, d'une bille ou d'une balle de golf, une cristallisation susceptible de provoquer une douleur forte, voire insoutenable.
Il avait oublié à quel point il était vulnérable. Est-ce que c'était ça être amoureux, ce sentiment de fragilité? Cette peur de tout perdre, à chaque instant, pour un faux pas, une mauvaise réplique, un mot malencontreux?
Il y a dans la relation amoureuse une forme de férocité infuse et inépuisable.
Elle rêve parfois d'un homme à qui elle demanderait: est-ce que tu peux m'aimer?
L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser des questions et d'interroger la mémoire.
Je cherche autour de moi une issue dérobée qui me permettrait d'échapper une fois pour toute à la réalité effective des choses.
J'étais pour ma part convaincue d'une chose: par définition l'amour emporte, accapare, renverse, et rien d'autre ne vaut la peine.
Faut-il toujours des mots pour nommer les sentiments? Faut-il énoncer les choses pour qu'elles existent?
Au-delà des mots, quelque chose parfois nous propulse vers la solitude de l'autre, vers son désespoir, son impuissance ou sa colère, cela même qui ne se partage pas et que l'on croit pourtant reconnaitre.
On abrite tous une perte ou un manque, quelque chose en creux qu'on a fini par apprivoiser.
La vie d'avant n'est qu'un souvenir anesthésié et la vie d'après se chuchote comme une promesse impossible.
Les gens gentils sont les plus dangereux. Ils menacent l'édifice, entament la forteresse.
La vérité c'est que les choses sont ce qu'elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l'illusion s'éloigne sans qu'on s'en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot.
Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est bien plus fort que nous.
L'amour se nourrit de miettes, de bribes, de soupirs, l'amour n'a pas besoin de preuves, l'amour fait feu de tout bois et se gave d'illusions.
Mais vous devriez savoir qu'on ne promet pas seulement avec les mots, que parfois la voix se fait plus profonde, plus grave, et qu'alors elle donne la force d'attendre, chaque jour.
Dans cette conscience de ne pas être à l'abri, de pouvoir descendre aussi bas - et seulement là - la compassion pouvait survenir. La compassion n'était rien d'autre qu'une peur pour soi-même.

Œuvres de Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie (2015)Jours sans faim (2001) (sous le pseudonyme de Lou Delvig)Les Heures souterraines (2009)Les Jolis Garçons (2005)Les gratitudesLes loyautésNo et moi (2007)Nouvelles contemporaines - Regards sur le monde (2012)Rien ne s' oppose à la nuit (2011)Rien ne s'oppose à la nuit (2011)Un soir de décembre (2005)