Auteur

Charles Baudelaire

Et comme un long linceul traînant à l'Orient, - Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Dans une terre grasse et pleine d'escargots - Je veux creuser moi-même une fosse profonde, - Où je puisse à loisir étaler mes vieux os - Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé - Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces, - Apres les derniers sacrements, - Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses, - Moisir parmi les ossements.
J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux; - Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles - Fait pour donner à boire à ces cruelles filles!
En matière d'art, j'avoue que je ne hais pas l'outrance; la modération ne m'a jamais semblé le signe d'une nature artistique.
J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève, - Se pâment longuement sous l'ardeur des climats; - Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève! - Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve - De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts.
Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu'il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu'il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve.
Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux; - Retiens les griffes de ta patte, - Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux, - Mêlés de métal et d'agate.
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir? - Peut-on déchirer des ténèbres. - Plus denses que la poix, sans matin et sans soir, - Sans astres, sans éclairs funèbres? - Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?
Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre, - Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, - Est fait pour inspirer au poète un amour.
Il y a autant de beautés qu'il y a de manières habituelles de chercher le bonheur.
Point de chagrins de famille; point de douleurs d'amour.
Pluviôse, irrité contre la ville entière, - De son urne à grands flots verse un froid ténébreux - Aux pâles habitants du voisin cimetière - Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.
Mon chat sur le carreau cherchant une litière - Agite sans repos son corps maigre et galeux; - L'âme d'un vieux poète erre dans la gouttière - Avec la triste voix d'un fantôme frileux.
De féroces oiseaux perchés sur leur pâture - Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr, - Chacun plantant, comme un outil, son bec impur - Dans tous les coins saignants de cette pourriture.
Il n'existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer, créer. Les autres hommes sont taillables et corvéables, faits pour l'écurie, c'est-à-dire pour exercer ce qu'on appelle des professions.
Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes, - Viendra ranimer, fidèle et joyeux, - Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Ainsi, toujours vainqueur, ton fantôme est pareil - Ame resplendissante, à l'immortel soleil!
Et, comme le soleil dans son enfer polaire, - Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.
Nos sympathies ne sont généralement pas dangereuses; la nature, en cuisine comme en amour, nous donne rarement le goût de ce qui nous est mauvais.
Parce que le Beau est toujours étonnant, il serait absurde de supposer que ce qui est étonnant est toujours beau.
La Civilisation s'est peut-être réfugiée chez quelque petite tribu non encore découverte.
Peu d'hommes ont le droit de régner, car peu d'hommes ont une grande passion. Et comme aujourd'hui chacun veut régner, personne ne sait se gouverner.
La femme est l'être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves.

Œuvres de Charles Baudelaire

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