Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile! - Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons, - Passer sur nos esprits, tendus comme une toile, - Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.
Auteur
Charles Baudelaire
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Sous les ifs noirs qui les abritent, - Les hiboux se tiennent rangés, - Ainsi que des dieux étrangers, - Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.
L'homme ivre d'une ombre qui passe - Porte toujours le châtiment - D'avoir voulu changer de place.
Que son petit cerveau soit actif ou soit lent, - Partout l'homme subit la terreur du mystère.
La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, - Occupent nos esprits et travaillent nos corps, - Et nous alimentons nos aimables remords, - Comme les mendiants nourrissent leur vermine.
La vue d'une femme belge me donne une vague envie de m'évanouir. Le Dieu Eros lui-même, s'il voulait glacer immédiatement tous ses feux, n'aurait qu'à contempler le visage d'une Belge.
Il n'y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l'homme qui chante, l'homme qui bénit, l'homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet.
Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux - Et planait librement à l'entour des cordages; - Le navire roulait sous un ciel sans nuages; - Comme un ange enivré d'un soleil radieux.
Tout poète lyrique, en vertu de sa nature, opère fatalement un retour vers l'Eden perdu. Tout, hommes, paysages, palais, dans le monde lyrique, est pour ainsi dire apothéose.
Si l'Eglise condamne la magie et la sorcellerie, c'est qu'elles militent contre les intentions de Dieu, qu'elles suppriment le travail du temps.
Je dirai qu'il est mort à la manière des chats ou des bêtes sauvages qui cherchent une tanière secrète pour abriter les dernières convulsions de leur vie.
Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit.
Tu te plais à plonger au sein de ton image; - Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur - Se distrait quelquefois de sa propre rumeur - Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets; - Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes; - O mer, nul ne connaît tes richesses intimes, - Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!
Et cependant voilà des siècles innombrables - Que vous vous combattez sans pitié ni remord, - Tellement vous aimez le carnage et la mort, - O lutteurs éternels, O frères implacables!
Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le crépuscule; ces subtiles et terribles mirettes, que je reconnais à leur effrayante malice!
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris; - J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes; - Je hais le mouvement qui déplace les lignes - Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle - Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis.
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, - Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!
Tes beaux yeux sont las, pauvre amante! - Reste longtemps, sans les rouvrir, - Dans cette pose nonchalante - Où t'a surprise le plaisir.
Comme tu me plairais, ô nuit! sans ces étoiles - Dont la lumière parle un langage connu! - Car je cherche le vide, et le noir, et le nu!
Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes, - Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi!
Il vous semble que vous sortez d'un monde merveilleux et fantastique. Vous gardez, il est vrai, la faculté de vous observer vous-même, et demain vous aurez conservé le souvenir de quelques-unes de vos sensations.
Comme vous êtes loin, paradis parfumé, - Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie, - Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé, - Où dans la volupté pure le coeur se noie! - Comme vous êtes loin, paradis parfumé!
Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus; - Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices! - Mon âme resplendit de toutes vos vertus!
Œuvres de Charles Baudelaire
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