Œuvre

Les Fleurs du Mal (1857), XXIII - La chevelure

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure! - O boucles! O parfum chargé de nonchaloir!
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève! - Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve - De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts: - Un port retentissant où mon âme peut boire - A grands flots le parfum, le son et la couleur.
J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève, - Se pâment longuement sous l'ardeur des climats; - Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève! - Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve - De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts.
Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues - Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond; - Sur les bords duvetés de vos mèches tordues - Je m'enivre ardemment des senteurs confondues - De l'huile de coco, du musc et du goudron.