La morale ne vaut que pour soi ; pour les autres, la miséricorde et le droit suffisent.
Auteur
André Comte-Sponville
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Cela me fait penser à cette devinette, qui nous vient d'Europe centrale : Sais-tu quelle différence il y a entre un optimiste et un pessimiste ? - Le pessimiste est un optimiste bien informé.
Le pessimisme est une tristesse, qui finirait par nous décourager de vivre. Or c'est la joie qui est bonne, c'est le courage qui est nécessaire.
Les optimistes ont bien de la chance. Les pessimistes, bien du travail. Que les premiers n'oublient pas d'être prudents, ni les seconds d'aimer la vie.
Tout homme qui se laisse aller est triste. Tout homme qui agit l'est moins.
On est jamais trop lucide, et mieux vaut, dans le doute, noircir le tableau au moins intellectuellement, que l'enjoliver : cela évitera imprudences et désillusions.
On n'est jamais trop volontaire, jamais trop actif, jamais trop résolu. Mieux vaut agir qu'espérer ou trembler. C'est la sagesse des stoïciens, ou plutôt c'est ce qu'il y a de stoïcien en toute sagesse.
Consacre tous tes soins à l'action présente, disait à peu près Marc Aurèle ; - Laisse le reste au hasard ou aux dieux.
L'homme humble ne se croit - ou ne se veut - pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire - ou de se vouloir - supérieur.
Sur le plus haut trône du monde, dit à peu près Montaigne, un roi n'est jamais assis que sur son cul. C'est pourquoi la royauté, pour l'esprit, n'est rien.
C'est l'amour qui fait vivre, puisque c'est lui qui rend la vie aimable. C'est l'amour qui sauve c'est donc lui qu'il s'agit de sauver.
A l'extrême, la fin, c'est-à-dire la réalisation même du projet, s'efface devant les moyens : la fin justifie les moyens et tous les moyens sont bons, c'est la réussite à tout prix, sans scrupule, voire au dépens d'autrui.
La politesse est la première vertu, et l'origine peut-être de toutes.
On n'échappe pas à l'ego on n'échappe pas au principe de plaisir. Mais trouver son plaisir dans le service d'autrui, trouver son bien-être dans l'action généreuse, loin que cela récuse l'altruisme, c'est sa définition même et le principe de la vertu.
Ce n'est pas parce que le sage est plus heureux que nous qu'il aime la vie davantage. C'est parce qu'il l'aime davantage qu'il est plus heureux.
Pour dire la chose très simplement, cette sagesse du désespoir que j'évoque, ce gai désespoir, consiste en une démarche très simple : il s'agit d'espérer un peu moins, et d'aimer un peu plus.
Le bonheur est le but de la philosophie. Ou plus exactement, le but de la philosophie est la sagesse, donc le bonheur.
« Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux! » Cette formule de Woody Allen dit peut-être l'essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La sagesse serait au contraire de vivre pour de bon, au lieu d'espérer vivre. C'est où l'on rencontre les leçons d' Épicure, des stoïciens, de Spinoza ou, en Orient, du Bouddha. Nous n'aurons de bonheur qu'à proportion du désespoir que nous serons capables de traverser. La sagesse est cela même : le bonheur, désespérément.
Le bonheur est le but de la philosophie. Ou plus exactement, le but de la philosophie est la sagesse, donc le bonheur ; puisque, encore une fois, l'une des idées les mieux avérées dans toute la tradition philosophique et spécialement dans la tradition grecque, c'est que la sagesse se reconnait au bonheur, ou du moins à un certain type de bonheur. Parce que si le sage est heureux, ce n'est pas n'importe comment ni à n'importe quel prix. Si la sagesse est un bonheur, ce n'est pas n'importe quel bonheur ! Ce n'est pas, par exemple, un bonheur qui serait obtenu à coups de drogues, d'illusions ou de divertissements.
« Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux! » Cette formule de Woody Allen dit peut-être l'essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l'espérance même qui le poursuit.
Si la philosophie ne nous aide pas à être heureux, ou à être moins malheureux, à quoi bon la philosophie ?
Œuvres de André Comte-Sponville
Dictionnaire philosophique (2001)Du corps (2009)ImpromptusImpromptus (1998)L'amour la solitudeL'esprit de l'athéisme (2006)Le Gai Désespoir (1999)Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)Le Mythe d'IcareLe bonheur, désespérémentLe bonheur, désespérément (2003)Le capitalisme est-il moral? (2004)Petit traité des grandes vertusPetit traité des grandes vertus (1995)Présentations de la philosophie (2000)Une éducation philosophique