Notre époque, qui préfère les poètes aux philosophes et les enfants aux sages, tend à oublier que la tempérance est une vertu, pour ne plus y voir qu'une hygiène. Pauvre époque, qui ne sait mettre au-dessus des poètes que les médecins!
Œuvre
Petit traité des grandes vertus (1995)
21 citations · André Comte-Sponville · sur Dicocitations ↗
Quand la loi est injuste, il est juste de la combattre - et il peut être juste, parfois, de la violer. Justice d'Antigone, contre celle de Créon. Des résistants, contre celle de Vichy. Des justes, contre celle des juristes.
Sans doute, et spécialement pour un athée, le courage face à la mort est le courage des courages: parce que le moi n'y peut trouver aucune gratification concrète ou positive.
Le sage épicurien pratique la culture intensive plutôt qu'extensive de ses voluptés.
Celui à qui la vie suffit, de quoi pourrait-il manquer?
Rien de ce qu'on peut posséder n'est pur. La pureté est pauvreté, dépossession, abandon. Elle commence où s'arrête le moi, où il ne va pas, où il se perd.
Disons-le en une formule : l'amour pur, c'est le contraire de l'amour-propre.
La pureté n'est pas la continence, la pudibonderie ou la chasteté : il y a pureté à chaque fois que l'amour cesse d'être mélangé d'intérêt. La seule pureté, c'est l'amour pur.
La pureté n'est pas l'angélisme. Il y a une pureté de corps, une innocence du corps, et dans la jouissance même : pura voluptas, disait Lucrèce, le pur plaisir, auprès de quoi c'est la morale qui est obscène.
L'amour infidèle, ce n'est pas l'amour libre : c'est l'amour oublieux, l'amour renégat, l'amour qui oublie ou déteste ce qu'il a aimé et qui dès lors s'oublie ou se déteste lui-même. Mais est-ce encore de l'amour ?
La justice n'est pas une vertu comme une autre. Elle est l'horizon de toutes et la loi de leur coexistence. Toute vertu la suppose ; toute humanité la requiert.
L'essentiel ? La liberté de tous, la dignité de chacun, et les droits, d'abord, de l'autre.
La générosité est à la fois conscience de sa propre liberté et ferme résolution d'en bien user. Conscience et confiance, donc : conscience d'être libre, confiance en l'usage qu'on en fera. C'est pourquoi la générosité produit l'estime de soi.
Aimer la vérité jusqu'au bout, c'est accepter aussi le doute à quoi, pour l'homme, elle aboutit.
La douceur est une vertu féminine. C'est pourquoi peut-être elle plait surtout chez les hommes.
La vérité n'appartient pas au moi, c'est le moi qui lui appartient et qu'elle contient et qu'elle traverse et qu'elle dissout. Le moi est mensonger toujours, illusoire toujours.
L'ironie blesse, l'humour guérit - L'ironie peut tuer, l'humour aide à vivre - L'ironie veut dominer, l'humour libère - L'ironie est impitoyable, l'humour est miséricordieux - L'ironie est humiliante, l'humour est humble.
Aimer, c'est pouvoir jouir ou se réjouir de quelque chose. Ainsi celui qui aime les huîtres, par opposition à qui ne les aime pas.
A l'extrême, la fin, c'est-à-dire la réalisation même du projet, s'efface devant les moyens : la fin justifie les moyens et tous les moyens sont bons, c'est la réussite à tout prix, sans scrupule, voire au dépens d'autrui.
La politesse est la première vertu, et l'origine peut-être de toutes.
On n'échappe pas à l'ego on n'échappe pas au principe de plaisir. Mais trouver son plaisir dans le service d'autrui, trouver son bien-être dans l'action généreuse, loin que cela récuse l'altruisme, c'est sa définition même et le principe de la vertu.