Œuvre
Le bonheur, désespérément
La philosophie est une pratique discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen, et le bonheur pour but. Il s'agit de penser mieux, pour vivre mieux.
Le bonheur est le but de la philosophie. Ou plus exactement, le but de la philosophie est la sagesse, donc le bonheur.
« Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux! » Cette formule de Woody Allen dit peut-être l'essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La sagesse serait au contraire de vivre pour de bon, au lieu d'espérer vivre. C'est où l'on rencontre les leçons d' Épicure, des stoïciens, de Spinoza ou, en Orient, du Bouddha. Nous n'aurons de bonheur qu'à proportion du désespoir que nous serons capables de traverser. La sagesse est cela même : le bonheur, désespérément.
Le bonheur est le but de la philosophie. Ou plus exactement, le but de la philosophie est la sagesse, donc le bonheur ; puisque, encore une fois, l'une des idées les mieux avérées dans toute la tradition philosophique et spécialement dans la tradition grecque, c'est que la sagesse se reconnait au bonheur, ou du moins à un certain type de bonheur. Parce que si le sage est heureux, ce n'est pas n'importe comment ni à n'importe quel prix. Si la sagesse est un bonheur, ce n'est pas n'importe quel bonheur ! Ce n'est pas, par exemple, un bonheur qui serait obtenu à coups de drogues, d'illusions ou de divertissements.
« Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux! » Cette formule de Woody Allen dit peut-être l'essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l'espérance même qui le poursuit.
Si la philosophie ne nous aide pas à être heureux, ou à être moins malheureux, à quoi bon la philosophie ?