Œuvre
Petit traité des grandes vertus
Toute vertu est un sommet, entre deux vices, une ligne de crête entre deux abîmes.
La politesse rend le méchant plus haïssable parce qu'elle dénote en lui une éducation sans laquelle sa méchanceté, en quelque sorte, serait excusable.
La politesse est une petite chose, qui en prépare de grandes.
Toute la dignité de l'homme est dans la pensée; toute la dignité de la pensée est dans la mémoire.
Une bonne intention peut aboutir à des catastrophes, et la pureté des mobiles, fût-elle avérée, n'a jamais suffi à empêcher le pire.
Que vaut l'absoluité des principes, si c'est au détriment de la simple humanité, du bon sens, de la douceur, de la compassion?
Méfions-nous de ces Savanarole, que le Bien aveugle. Trop attachés aux principes pour considérer les individus, trop sûrs de leurs intentions pour se soucier des conséquences.
Aucune démocratie, aucune république ne serait possible si l'on n'obéissait qu'aux lois que l'on approuve. Oui. Mais aucune ne serait acceptable s'il fallait, par obéissance, renoncer à la justice ou tolérer l'intolérable.
La justice n'existe pas, et n'est une valeur, même, qu'autant qu'il y a des justes pour la défendre.