Auteur

Albert Camus

Il a déclaré que je n'avais rien à faire avec une société dont je méconnaissais les règles les plus essentielles et que je ne pouvais pas en appeler à ce coeur humain dont j'ignorais les réactions élémentaires.
Après tout, Gandhi a prouvé qu'on pouvait lutter pour son peuple, et vaincre, sans cesser un seul jour de rester estimable.
Il est des heures dans l'histoire où celui qui ose dire que 2 et 2 font 4 est puni de mort.
La montée vers l'échafaud, l'ascension en plein ciel, l'imagination pouvait s'y raccrocher. Tandis que, là encore, la mécanique écrasait tout : on était tué discrètement, avec un peu de honte et beaucoup de précision.
Mais le bien public est fait du bonheur de chacun.
Quand on n'a pas de caractère, il faut bien se donner une méthode.
A mon âge, on est forcément sincère. Mentir est trop fatigant.
Pour moi, c'est un malheur. Un malheur, tout le monde sait ce que c'est. Ça vous laisse sans défense. Eh bien ! Pour moi c'est un malheur.
J'avais même un tel plaisir à donner que je détestais d'y être obligé.
Le style d'un peintre est dans cette conjonction de la nature et de l'histoire.
Je ne connais qu'un devoir : c'est celui d'aimer.
Il l'avait battue jusqu'au sang. Auparavant, il ne la battait pas. Je la tapais, mais tendrement pour ainsi dire. Elle criait un peu.
Pour le moment, il voulait faire comme tous ceux qui avaient l'air de croire, autour de lui, que la peste peut venir et repartir sans que le coeur des hommes en soit changé.
Et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.
Nous nous confions rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses.
Délibérément, le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation des soirs.
Simplement, le prêche rendit plus sensible à certains l'idée, vague jusque là, qu'ils étaient condamnés, pour un crime inconnu, à un emprisonnement inimaginable.
Ils ont l'air de la même race et pourtant ils se détestent.
Pour la première fois depuis bien des années, j'ai eu une envie stupide de pleurer parce que j'ai senti combien j'étais détesté par tous ces gens-là.
Je n'entendais que les coups de mon sang qui bourdonnait à mes oreilles.
On ne comprend bien Don Juan qu'en se référent toujours à ce qu'il symbolise VULGAIREMENT : le séducteur ordinaire et l'homme à femmes. Il est un séducteur ordinaire. A cette différence prés qu'il est CONSCIENT et c'est par là qu'il est ABSURDE.
Oran, au contraire, est une ville sans soupçons c'est-à-dire une ville tout à fait moderne.
Tout le monde était d'accord pour penser que les commodités de la vie passée ne se retrouveraient pas d'un coup et qu'il était plus facile de détruire que de reconstruire.
Pardonne-moi, Dora. Peut-être est-ce la fatigue. Des années de lutte, l'angoisse, les mouchards, le bagne... Où trouverais-je la force d'aimer ? Il me reste au moins celle de haïr. Cela vaut mieux que ne rien sentir.
Oui, il se reposerait là-bas. Pourquoi pas ? Ce serait aussi un prétexte à mémoire. Mais si c'était cela, gagner la partie, qu'il devait être dur de vivre seulement avec ce qu'on sait et ce dont on se souvient, et privé de ce qu'on espère !

Œuvres de Albert Camus

12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II