Supprimer la morale rabâchée de la justice abstraite, rester près des êtres et des choses, reconnaître la nécessité des ennemis, aimer qu'ils soient.
Il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l'entreprise, je voudrais ne jamais être infidèle ni à l'une ni aux autres.
L'honneur est un luxe réservé à ceux qui ont des calèches. - — Non. Il est la dernière richesse du pauvre.
Je n'aime pas la vie mais la justice qui est au-dessus de la vie.
On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police.
Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière.
Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes.
Vivez-vous dans le seul instant? Alors choisissez la charité et guérissez seulement le mal de chaque jour, non la révolution qui veut guérir tous les maux, présents et à venir.
Mourir avec elle! Ceux qui s'aiment aujourd'hui doivent mourir ensemble s'ils veulent être réunis. L'injustice sépare, la honte, la douleur, le mal qu'on fait aux autres, le crime séparent. Vivre est une torture puisque vivre sépare.
On appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout.
Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l'esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d'une idée ou du confort. La première chose est de ne pas désespérer.
Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s'y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l'esprit de lourdeur. N'y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l'esprit, il suffit de travailler pour lui.
Le suicide est une solution à l'absurde.
Toute vraie connaissance est impossible.
L'absurde dépend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien.
L'absurde c'est le péché sans Dieu.
Vivre, c'est faire vivre l'absurde. Le faire vivre, c'est avant tout le regarder. L'absurde ne meurt que lorsqu'on s'en détourne.
Qu'est-ce que l'homme absurde? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l'éternel.
Tout ce qui fait travailler et s'agiter l'homme utilise l'espoir. La seule pensée qui ne soit mensongère est donc une pensée stérile. Dans le monde absurde, la valeur d'une notion ou d'une vie se mesure à son infécondité.
Notre destin est en face de nous et c'est lui que nous provoquons. Moins par orgueil que par conscience de notre condition sans portée.
La véritable oeuvre d'art est toujours à la mesure humaine.
Tout est bien, tout est permis et rien n'est détestable. Ce sont des jugements absurdes.
Toute pensée qui renonce à l'unité exalte la diversité. Et la diversité est le lieu de l'art.
On ne découvre pas l'absurde sans être tenté d'écrire quelque manuel de bonheur.
Délicieuse angoisse d'être, proximité exquise d'un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte?
Œuvres de Albert Camus
12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II