Les malades mouraient loin de leur famille et on avait interdit les veillées rituelles, si bien que celui qui était mort dans la soirée passait sa nuit tout seul.
Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses.
Il n'y a qu'une façon de s'égaler aux dieux: il suffit d'être aussi cruel qu'eux.
Même pour gagner les guerres, il vaut mieux souffrir certaines injustices que les commettre.
La seule pensée qui ne soit mensongère est donc une pensée stérile. Dans le monde absurde, la valeur d'une notion ou d'une vie se mesure à son infécondité.
Quand une guerre éclate, les gens disent: Ca ne durera pas, c'est trop bête. Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l'empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s'en apercevrait si l'on ne pensait pas toujours à soi.
L'amour demande un peu d'avenir, et il n'y avait plus pour nous que des instants.
On croit qu'un homme souffre parce que l'être qu'il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile: c'est de s'apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens.
Aimer un être, c'est accepter de vieillir avec lui. Je ne suis pas capable de cet amour.
Le bonheur est généreux. Il ne vit pas de destructions.
Je sais des heures et des lieux où le bonheur peut paraître si amer qu'on lui préfère sa promesse.
Il n' y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd'hui l'imbécile est roi, et j'appelle imbécile celui qui a peur de jouir.
Il y a des mots que je n'ai jamais bien compris, comme celui de péché... S'il y a un péché contre la vie, ce n'est peut-être pas tant d'en désespérer que d'espérer une autre vie et se dérober à l'implacable grandeur de celle-ci.
Je me révolte, donc nous sommes.
Pour moi c'est un malheur. Un malheur tout le monde sait ce que c'est. Ca vous laisse sans défense. Eh bien! Pour moi c'est un malheur.
J'avais des principes, bien sûr, et, par exemple, que la femme des amis était sacrée. Simplement, je cessais, en toute sincérité, quelques jours auparavant, d'avoir de l'amitié pour les maris.
Le goût de la vérité n'empêche pas la prise de parti.
Le seul moyen d'affronter un monde sans liberté est de devenir si absolument libre qu'on fasse de sa propre existence un acte de révolte.
Nous sommes décidés à supprimer la politique pour la remplacer par la morale. C'est ce que nous appelons une révolution.
On ne prostitue pas impunément les mots.
O mère! O tendre enfant chérie! plus grande que mon temps, plus grande que l'histoire qui te soumettait à elle, plus vraie que tout ce que j'ai aimé en ce monde. O mère! pardonne à ton fils d'avoir fui la nuit de ta vérité.
Ce que l'on apprend au milieu des fléaux, c'est qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.
Je ne saurais plus admettre aucune vérité qui ne puisse me mettre dans l'obligation directe ou indirecte de faire condamner un homme à mort.
J'aime la beauté, le bonheur. C'est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer? La révolution, bien sûr! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie. Tu comprends?
Dans le monde de la condamnation à mort qui est le nôtre, les artistes témoignent pour ce qui dans l'homme refuse de mourir. Ennemis de personne, sinon des bourreaux!
Œuvres de Albert Camus
12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II