Auteur

Albert Camus

L'âme du meurtrier est aveugle et il n'y a pas de vraie bonté ni de bel amour sans toute la clairvoyance possible.
Quand une guerre éclate, les gens disent: «Ca ne durera pas, c'est trop bête.» Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l'empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s'en apercevrait si l'on ne pensait pas toujours à soi.
Ce qui est naturel, c'est le microbe. Le reste, la santé, l'intégrité, la pureté, si vous voulez, c'est un effet de la volonté et d'une volonté qui ne doit jamais s'arrêter.
Il faut bien frapper quand on ne peut réfuter.
Je puis nier une chose sans me croire obligé de la salir ou de retirer aux autres le droit d'y croire.
Du reste, nous ne pouvons affirmer l'innocence de personne, tandis que nous pouvons à coup sûr affirmer la culpabilité de tous. Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi, et mon espérance.
Que faire pour être un autre? Impossible. Il faudrait n'être plus personne, s'oublier pour quelqu'un, une fois, au moins. Mais comment?
La vérité vaut tous les tourments. Seule elle fonde la joie qui doit couronner cet effort.
Le naturel n'est pas une vertu qu'on a: elle s'acquiert.
Réponse à la question sur mes dix mots préférés: «Le monde, la douleur, la terre, la mère, les hommes, le désert, l'honneur, la misère, l'été, la mer».
Démence du XXe siècle: les esprits les plus différents confondent le goût de l'absolu et le goût de la logique.
La voix éternelle: Déméter, Nausicaa, Eurydice, Pasiphaé, Pénélope, Hélène, Perséphone.
La vérité n'est pas une vertu, mais une passion. De là qu'elle ne soit jamais charitable.
Il faut mettre ses principes dans les grandes choses. Aux petites, la miséricorde suffit.
Les positions cyniques et réalistes permettent de trancher et de mépriser. Les autres obligent à comprendre. D'où le prestige des premières sur les intellectuels.
Je ne séduis pas, je cède.
Pourquoi les femmes? Je ne peux supporter la société des hommes. Ils flattent ou jugent. Je ne supporte ni ceci ni cela.
Il n'est pas vrai que le coeur s'use - mais le corps qui fait alors illusion.
Ceux qui préfèrent leurs principes à leur bonheur. Ils refusent d'être heureux en dehors des conditions qu'auparavant ils ont fixées à leur bonheur. S'ils le sont, par surprise, les voilà désemparés - malheureux d'être privés de leur malheur.
Certains soirs dont la douceur se prolonge. Cela aide à mourir de savoir que de tels soirs reviendront sur la terre après nous.
Une femme qui aime vraiment, de toute l'âme, dans le don total, et elle grandit alors si démesurément qu'il n'est pas un homme qui ne devienne, en comparaison, médiocre, misérable et sans générosité.
Commencer à donner c'est se condamner à ne pas donner assez même si l'on donne tout. Et donne-t-on jamais tout.
Ne jamais dire d'un homme qu'il est déshonoré. Des actions, des groupes, des civilisations peuvent l'être. Non l'individu. Car s'il n'a pas conscience du déshonneur il ne peut perdre un honneur qu'il n'a jamais eu.
L'injustice hypocrite amène les guerres. La justice violente les précipite.
Votre morale n'est pas la mienne. Votre conscience n'est plus la mienne.

Œuvres de Albert Camus

12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II