Pour rester un homme dans le monde d'aujourd'hui, il ne faut pas seulement une énergie sans défaillance et une tension ininterrompue, il faut encore un peu de chance.
Une presse n'est pas vraie parce qu'elle est révolutionnaire. Elle n'est révolutionnaire que parce qu'elle est vraie.
Nos poètes maudits ont deux lois: la malédiction et la brigue.
L'amour en dieu est apparemment le seul que nous supportions puisque nous voulons toujours être aimés malgré nous-mêmes.
A quarante ans on consent à l'annihilation d'une part de soi-même. Le ciel fasse au moins que tout cet amour inemployé vienne redresser et faire resplendir une oeuvre dont je n'ai plus la force en ce moment.
Je ne crois pas ceux qui disent se ruer dans le plaisir par désespoir. Le vrai désespoir ne mène jamais qu'à la peine ou à l'inertie.
Qui ne donne rien n'a rien. Le plus grand malheur n'est pas de ne pas être aimé, mais de ne pas aimer.
Partagé entre un être qui refuse totalement la mort et un être qui l'accepte totalement.
Style. Prudence devant les formules. Elles sont parfois comme le tonnerre: elles frappent mais n'éclairent pas.
Naïveté de l'intellectuel de 1950 qui croit qu'il faut se raidir pour se grandir.
L'enfer, c'est le paradis plus la mort.
L'enfer est ici, à vivre. Seuls échappent ceux qui s'extraient de la vie.
L'honneur tient à un fil. S'il se maintient, c'est souvent par chance.
On se supporte grâce au corps - à la beauté. Mais le corps vieillit. Quand la beauté se dégrade, alors les psychologies seules restent en présence - et elles s'affrontent, sans intermédiaire.
Il y a des gens qui souffrent raide et d'autres qui souffrent souple: les acrobates, les virtuoses (installés) de la douleur.
Deux erreurs vulgaires: l'existence précède l'essence ou l'essence l'existence. L'une et l'autre marchent et s'élèvent du même pas.
Trop de sécurité pour le coeur de l'enfant, et sa vie d'adulte se passera à réclamer cette sécurité aux êtres - alors que les êtres ne sont que l'occasion du risque et de la liberté.
Nous entretenons avec certains êtres des rapports de vérité. Avec d'autres, des rapports de mensonge. Ces derniers ne sont pas les moins durables.
L'altruisme est une tentation, comme le plaisir.
Ces pensées qu'on ne dit pas et qui vous mettent au-dessus de toutes choses, dans un air libre et vif.
Il y a des moments où se laisser aller à la sincérité équivaut à un relâchement inexcusable.
Personne ne mérite d'être aimé - personne à la mesure de ce don sans mesure. Celui qui le reçoit découvre alors l'injustice.
Tout le monde est réaliste. Personne ne l'est. Finalement ce n'est pas l'esthétique qui importe, mais l'attitude intérieure.
La littérature des pays totalitaires ne meurt pas tant parce qu'elle est dirigée que parce qu'elle est coupée des autres littératures. Tout artiste qui, d'avance, n'est pas ouvert à la réalité entière est mutilé.
Toute société est basée sur l'aristocratie, car celle-ci, la vraie, est exigence à l'égard de soi-même et sans cette exigence toute société meurt.
Œuvres de Albert Camus
12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II