Auteur

Albert Camus

A quarante ans, on ne crie plus le mal, on le connaît et on lutte selon ce qu'on doit. On peut alors s'occuper de créer sans rien oublier.
Ce monde ne remue tant, comme un ver coupé, que parce qu'il a perdu la tête. Il cherche ses aristocrates.
Tout vient de mon impossibilité congénitale à être un bourgeois et un bourgeois content. La moindre apparence de stabilité dans ma vie me terrifie.
Pourquoi la faiblesse devant le plaisir serait-elle plus coupable que la faiblesse devant la douleur. Celle-ci commet parfois des ravages incomparables.
Le goût de la création est si fort que ceux qui en sont incapables choisissent le communisme qui leur assure une création toute collective.
La seule industrie française qui ne connaisse pas le sous-emploi est la méchanceté.
Toute doctrine artistique est un alibi où l'artiste tente de justifier ses propres limites.
L'amour tragique et cela seulement. Bonheur tragique. Et quand il cesse d'être tragique c'est autre chose et l'être se jette à nouveau à la recherche du tragique.
La civilisation industrielle, en supprimant la beauté naturelle, en la couvrant sur de longs espaces par le déchet industriel crée et suscite les besoins artificiels. Elle fait que la pauvreté ne peut plus être vécue et supportée.
Intellectuels du progrès. Ce sont les tricoteuses de la dialectique. A chaque tête qui tombe elles refont les mailles du raisonnement déchiré par les faits.
Il y a dans le monde et qui marche parallèlement à la force de mort et de contrainte une force énorme de persuasion qui s'appelle la culture.
Il pleut toujours; j'ai faim de lumière comme de pain et ne puis plus me supporter.
Le bouddhisme c'est l'athéisme devenu religion. La renaissance à partir du nihilisme. Exemple unique, je crois. Et précieux à méditer pour nous qui sommes aux prises avec le nihilisme.
On ne peut pas demander à la souffrance de justifier ses raisons. On s'exposerait à ne compatir à presque rien.
Ceux qui ont vraiment quelque chose à dire, ils n'en parlent jamais.
Le pouvoir ne se sépare pas de l'injustice. Le bon pouvoir est l'administration saine et prudente de l'injustice.
Mon métier est de faire mes livres et de combattre quand la liberté des miens et de mon peuple est menacée. C'est tout.
Le théâtre au moins m'aide. La parodie vaut mieux que le mensonge: elle est plus près de la vérité qu'elle joue.
J'aime les petits lézards aussi secs que les pierres où ils courent. Ils sont comme moi, d'os et de peau.
Dans le Christ finit la mort qui dans Adam commença.
L'effort le plus épuisant de ma vie a été de juguler ma propre nature pour la faire servir à mes plus grands desseins. De loin en loin, de loin en loin seulement, j'y réussissais.
Pour l'homme mûr, seules les amours heureuses peuvent prolonger sa jeunesse. Les autres le jettent d'un coup dans la vieillesse.
Je suis un écrivain. Ce n'est pas moi mais la plume qui pense, se souvient ou découvre.
Je ne peux pas vivre longtemps avec les êtres. Il me faut un peu de solitude, la part d'éternité.
C'est qu'en vérité le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout.

Œuvres de Albert Camus

12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II