Si ce n'est pas l'amour, qu'est-ce donc que je sens? Mais si c'est l'amour, pour Dieu, qu'est-ce que l'amour peut être? S'il est bon, pourquoi son effet est-il âpre et mortel? S'il est mauvais, pourquoi tous ces tourments ont-ils l'air si doux?
Œuvre
Poésies
Tel en blâmant autrui se condamne soi-même, car qui se plaît à jouir des perfides qu'il accomplit se saurait se lamenter s'il se voyait à son tour trompé par son semblable.
Un vent frais fait voler les feuilles, on dirait - Qu'il murmure l'adieu du soir à la forêt.
La vie, hélas, s'enfuit et ne s'arrête guère, - Et la mort va bientôt devant nous à grands pas. - Tout ce qui est, qui fut, et tout ce qui sera - Font à coeur troublé une éternelle guerre.
La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve, - Et vous auriez vécu si vous aviez aimé.
Demain, j'irai demain voir ce pauvre chez lui, - Demain, je reprendrai le livre à peine ouvert, - Demain, je te dirai, mon âme, où je te mène, - Demain, je serai juste et fort... - Pas aujourd'hui.
L'eau de Pleur, de Joye ou de Douleur, - Qui fait mouldre le moulin de Pensée.
C'est Dieu qui nous fait vivre - C'est Dieu qu'il faut aimer.
Cet abbé chemine en priant, - Et seul au milieu de la rue, - Tout noir, il fait sa tache crue - Sur le ciel tendre et souriant.
Ne flattez pas le culte d'adjectifs tels que indescriptible, inénarrable, rutilant, incomparable, colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs qu'ils défigurent: ils sont poursuivis par la lubricité.
Mais viendra le jour des adieux, - Car il faut que les femmes pleurent - Et que les hommes curieux - Tentent les horizons qui leurrent!
C'est aux premiers regards portés, - \r\nEn famille, autour de la table, - \r\nSur les sièges plus écartés, - \r\nQue se fait l'adieu véritable.
Telles, je sens au coeur, quand les bruits du monde - Me laissent triste et seul après m'avoir lassé, - La présence éternelle et la douceur profonde - De mon premier amour que j'avais cru passé.
O volupté calme et profonde - Des amours qui sont nés sans pleurs, - Volupté saine comme une onde - Qui chante sur un lit de fleurs.
L'homme d'un jour n'aime qu'un jour.
Il est tard; l'astronome aux veilles obstinées, - Sur sa tour, dans le ciel où meurt le dernier bruit - Cherche des îles d'or, et le front dans la nuit, - Regarde à l'infini blanchir des matinées.
Ils tombent épuisés, la bataille était rude. - Près d'un fleuve, au hasard sur le dos, sur le flanc, - Ils gisent, engourdis par tant de lassitude - Qu'ils sont bien, dans la boue et dans leur propre sang.
Et le ressouvenir des amours et des haines - Me bercera, pareil au bruit des mers lointaines.
Car le bonheur est fait de trois choses sur terre, - Qui sont: - un beau soleil, une femme, un cheval!
Le souvenir du fer gît dans ses flancs meurtris.
Le rêveur sent brûler des âmes - Dans les bleus éclairs des tisons.
Elle avait les yeux verts, et jusque sur sa croupe - Ondoyait en torrent l'or de ses cheveux roux.
Pourquoi faire des adieux? - Le même sang change d'artères, - Les filles ont les yeux de leurs mères, - Et les fils le front des aïeux.
Heureux les corps! - Ils ont la paix quand ils se couchent, - Et le néant quand ils sont morts.
Le noir sied à son front poli. - Et par ce front le chagrin même - Est embelli.