Vous dites que la gloire est l'estime de l'homme, - Et que la paix de l'âme est l'estime de Dieu.
Œuvre
Poésies
Ma soeur, qu'ils étaient beaux les jours - De France! - O mon pays, sois mes amours - Toujours.
Toute jeunesse vient des morts: - C'est dans une funèbre pâte - Que, toujours, sans lenteur ni hâte, - Une main pétrit les beaux corps - Tandis qu'une autre main les gâte.
Tantôt, rebelle injuste et jaloux, je la blesse - Et je sens dans mon coeur sourdre la cruauté. - Elle ne comprends pas, et je lui semble infâme. - Oh! que je serais doux si tu n'étais qu'une âme! - Ce qui me rend méchant, vois-tu, c'est ta beauté.
Qui sait mourir n'a plus de maître.
La Mort a des rigueurs à nulle autre pareille; - On a beau la prier - La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, - Et nous laisse crier.
Il est bon d'apprendre à mourir - Par volonté, non d'un coup traître: - Souffre-t-on? c'est qu'on veut souffrir; - Qui sait mourir n'a plus de maître.
Les vivants sont muets, car sous ton aile immense, - Ils boivent le sommeil avec l'ombre du soir, - Lait sombre et merveilleux qu'aspirent en silence - Toutes lèvres à ton sein noir.
Mais patience! La rancune - Est l'âme du vieil Océan; - Depuis bien des retours de lune - Le déluge prend son élan.
Un parfum pénétrant comme un aveu d'amour.
Tout l'horizon n'est qu'un blême rideau; - La vitre tinte et ruisselle de gouttes; - Sur le pavé sonore et bleu des routes - Il saute et luit des étincelles d'eau.
O jours de mon printemps, jours couronnés de roses.
On ne rêve que lorsqu'on dort.
Il est tombé pour nous le rideau merveilleux - Où du vrai monde erraient les fausses apparences, - La science a vaincu l'imposture des yeux, - L'homme a répudié les vaines espérances.
Ses beaux seins effarés, au tic tac de son coeur, - Tremblaient et palpitaient, comme deux tourterelles - Surprises dans le nid, qui font un grand bruit d'ailes - Entre les doigts de l'oiseleur.
Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit - Car chaque solitude a son propre mystère.
En ce temps-là j'aimais, et maintenant j'arrange - Mes beaux amours en méchants vers.
Viennent les ans! J'aspire à cet âge sauveur - Où mon sang coulera plus sage dans mes veines, - Où les plaisirs pour moi n'ayant plus de saveur, - Je vivrai doucement avec mes vieilles peines.
L'azur de tes grands yeux m'est cher; - C'est un lointain que je regarde - Sans cesse et sans y prendre garde, - Un ciel de mer.
Tes desseins n'ont pas naissance - Qu'on en voit déjà le bout.
Car je vous aime, et mon âme dolente, - Toutes les nuits est pour vous miaulante.
Le vase où meurt cette verveine - D'un coup d'éventail fut fêlé.
Vos yeux ont des appâts que j'aime et que je prise, - Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté; - Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise, - Il leur faut de l'Amour autant que de beauté.
Si ton esprit veut cacher - Les belles choses qu'il pense, - Dis-moi qui peut t'empêcher - De te servir du silence.
Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, - L'espace d'un matin.